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___________________________________________________ Voir aussi Zola au Panthéon : -
L'éloge funèbre d'Émile Zola par Anatole
France ___________________________________________________ 19 MARS 1908
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nom des intervenants ci-après pour faire apparaître leur notice et portrait]
M. le président. L’ordre du jour appelle la discussion du
projet de loi portant ouverture au ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, sur l’exercice 1908, d’un crédit extraordinaire de 35 000 fr. pour la translation des cendres d’Émile Zola au Panthéon. La parole est à M. Maurice Barrès dans la discussion générale.
M. Maurice Barrès. Messieurs, on nous demande
35 000 francs pour porter Zola au Panthéon. Je crois que nous
n’aurons jamais une meilleure occasion de faire des économies.
(Exclamations à l’extrême gauche et à gauche. – Applaudissements
et rires à droite.)
Je demande au Parlement de vouloir bien me laisser exposer mes raisons. Je
sais que c’est une question irritante ; mais enfin c’est le droit et
l’honneur de chacun de nous d’apporter ici avec netteté ses opinions. Ma
position n’est pas
incertaine : je ne suis pas dreyfusard et j’ai défendu à cette
tribune le général Mercier. Toutefois je n’ai pas l’idée de
passionner la question. Je laisserai de côté l’affaire Dreyfus ; je
m’occuperai simplement de Zola, de ses œuvres et de
l’ensemble de ses mérites. (Applaudissements à droite. –
Rumeurs à l’extrême gauche.)
M. Antide Boyer. Ce que vous dites là n’est pas
généreux !
M. Allemane.
Il a failli être votre collègue à l’Académie.
M. Normand. C’est un écrivain français qui parle contre
un autre.
M. Maurice Barrès. C’est entendu, vous avez triomphé
dans cette affaire…
À l’extrême gauche. C’est la justice et la vérité qui ont
triomphé !
M. Gauthier (de Clagny). Ne vous passionnez pas !
Dreyfus ne peut plus rien pour vous ! (Très bien ! très bien ! à
droite. – Rumeurs à gauche.)
M. Maurice Barrès. … et, comme il arrive à la suite de
toutes les victoires, il vous plaît d’organiser de grandes
cérémonies populaires, des jeux, des fêtes, des cérémonies
ostentatoires.
M. Allemane. Et la marche de l’armée !
M. Maurice Barrès. Cela s’est fait après Austerlitz, après
Iéna, après Solférino.
Vous êtes dans une tradition. Mais je vous prie de
considérer que vous ne pouvez pas être simplement des partisans
qui se réjouissent de leur succès ; vous êtes aussi des hommes
politiques et, en portant Émile Zola au Panthéon, vous
accomplirez un acte qui a des conséquences politiques et
sociales que nous devons examiner ensemble. (Bruit à l’extrême
gauche.)
M. Allemane. On en a porté d’autres au Panthéon !
M. Maurice Barrès. L’homme que vous allez canoniser
(Exclamations à l’extrême gauche. – Applaudissements et rires
sur divers bancs au centre et à droite) a consacré sa carrière à
peindre dans de vastes fresques les diverses classes de notre
nation. Il a décrit, dans la Terre, le paysan : dans l’Assommoir,
l’ouvrier ; dans le Bonheur des dames, l’employé de magasin ;
dans Pot-Bouille, le bourgeois, et, dans la Débâcle, le soldat.
Ces vastes panoramas, exécutés en trompe-l’oeil, ont la
prétention de nous donner la vérité ; ils sont au contraire, par
abus du pittoresque, mensongers et calomnieux. (Très bien ! très
bien ! à droite et au centre.)
Quel mal ils nous ont fait hors de France ! Il faut avoir
passé à l’étranger pour connaître la difficulté qu’éprouvent nos
amis à défendre la réputation de nos moeurs. (Très bien ! très
bien ! à droite.) L’œuvre de Zola a servi dans le monde entier à
méconnaître les vertus de notre société et il est très dangereux
que, par la solennelle manifestation que vous préparez, vous
sembliez mettre votre signature, votre signature officielle,
nationale, au bas de ces calomnies. (Très bien ! très bien ! à
droite.) Il faut faire attention que vous semblez, en glorifiant
Zola, dire publiquement et très haut : « Gloire à Zola ! Nous
reconnaissons nos électeurs dans la série de ses canailles. »
(Applaudissements à droite et sur divers bancs au centre. –
Vives interruptions à gauche.)
M. le président. Je vous ferai remarquer, monsieur Barrès,
qu’il y a déjà une loi promulguée ordonnant la translation des cendres de
Zola. (Applaudissements à gauche et à l’extrême gauche. – Vives
interruptions à droite et sur divers bancs au centre.) Ce qui est à
l’ordre du jour et uniquement à l’ordre du jour, c’est la question des
crédits. Vous pouvez, comme tout député, demander l’abrogation d’une loi ;
mais tant que cette loi n’est pas abrogée, vous devez respecter le vote des
deux Chambres et la loi. (Applaudissements à gauche et à l’extrême
gauche. – Interruptions à droite.)
M. Gayraud. On peut cependant refuser les crédits,
monsieur le président.
M. Maurice Binder. Et dire pourquoi.
M. Maurice Barrès. M. Zola ne se borne pas à nous
abaisser dans la conscience des autres peuples, il abaisse et
diminue réellement la conscience française elle-même. (Très
bien ! très bien ! à droite.)
J’approuve et j’applaudis les paroles prononcées à la
tribune du Sénat par M. le sénateur Bérenger. (Interruptions à
l’extrême gauche. – Mouvements divers.)
M. Jules-Louis Breton (Cher). Pourquoi n’avez-vous
rien dit quand on a voté la loi ?
M. Maurice Barrès. Je vous remercie, mon cher collègue, de votre
impatience. Vous regrettez que je n’aie pas parlé il y a quelques mois ;
heureusement je suis ici pour me faire entendre et je vous serai
reconnaissant de me laisser m’expliquer.
M. le sénateur Bérenger à la tribune du Sénat a déclaré ne
voir en M. Zola qu’« un auteur qui a avili son talent par de
honteuses et habituelles obscénités ».
M. Charles Dumont. Il y en a dans d’autres auteurs.
M. Maurice Barrès. Il faudrait ici interrompre la
discussion et donner lecture à la Chambre d’un certain nombre
de passages hautement caractéristiques de Zola ; mais c’est une
besogne qui me répugne. (Exclamations à gauche et à l’extrême
gauche. – Applaudissements à droite.)
M. le vicomte de Villebois-Mareuil. Il faudrait faire
sortir les dames !
M. Alexandre Zévaès. Parlez-nous de l’œuvre de Bourget.
M. Charles Benoist. Vous ne l’avez jamais lu !
M. Charles Dumont. Avez-vous lu « Mensonges » ?
M. Charles Benoist. Je les ai lus avant vous.
M. Charles Dumont. Eh bien, c’est un roman sale.
M. Paul Constans. L’étroitesse de votre critique, monsieur Barrès,
lui retire toute valeur.
M. Maurice Barrès. Pour faire entendre les passages les plus
caractéristiques, de l’espèce que j’indique, dans l’œuvre de Zola, il
faudrait, évidemment, demander l’évacuation des tribunes. (Exclamations à
gauche et à l’extrême gauche.) Cela me paraît très compliqué. Si je ne peux
pas vous faire juges ici de textes, que d’ailleurs vous connaissez, je m’en
rapporterai à une autorité importante ; je vous rappellerai l’opinion, déjà
citée un grand nombre de fois, de M. Anatole France.
M. Charles Dumont. Vous avez été son ambassadeur
pour le réconcilier avec Zola ! (Bruit.)
M. Maurice Barrès. Vous vous trompez grossièrement,
monsieur Dumont. (Applaudissements à droite. – Bruit à gauche
et à l’extrême gauche.)
M. le président. Monsieur Barrès, je vous rappelle à
l’ordre.
M. Maurice Barrès. Monsieur le président me permettra
de lui dire respectueusement que je crois qu’il se méprend sur la
portée de mes paroles. J’ai dit à M. M. Charles Dumont : « Vous
vous trompez grossièrement, monsieur Dumont. » En vérité,
messieurs, trouvez-vous quelque chose d’offensant ou de
choquant dans un tel propos ? (Applaudissements à droite. –
Bruit à gauche.)
M. Charles Dumont. Je demande la parole.
M. le président. J’ai rappelé M. Barrès à l’ordre et je
maintiens mon rappel à l’ordre. (Applaudissements à gauche et
à l’extrême gauche. – Bruit à droite.)
Et maintenant, j’adjure ceux de mes collègues qui, dans ce
débat, ont une position contraire à celle que prend l’orateur, de
faire silence et de ne voir, dans certaines violences qu’ils ont
entendues et qu’ils peuvent entendre, que le signe du désarroi de
leurs adversaires. (Vifs applaudissements à gauche et à
l’extrême gauche. – Réclamations et bruit à droite.)
M. Tournade. Ce n’est pas l’impartialité d’un président, cela.
M. Savary de Beauregard. Vous intervenez dans le
débat.
M. le président. Je fais observer à la Chambre que je
défends une loi régulièrement votée et promulguée. Qu’on en
propose l’abrogation ! mais tant qu’elle existera, elle est la loi et
je la ferai respecter. (Vifs applaudissements à gauche et à
l’extrême gauche.)
M. Tournade. Vous prenez position dans le débat. Ce
n’est pas là le rôle d’un président.
M. Maurice Barrès. Messieurs, vous m’avez laissé le temps de réfléchir à la
situation. Je vous assure que très respectueusement j’ai le droit de dire à
M. le président qu’il abuse à mon endroit dans sa haute situation. (Vifs
applaudissements à droite.)
M. le président. Je vous ai rappelé à l’ordre et au respect
de la loi, monsieur Barrès. (Bruit à droite.)
Je vous ai rappelé à l’ordre parce que vous avez dit de vos
collègues qu’ils ramassaient des calomnies.
Il n’est pas possible de le laisser dire. (Très bien ! très
bien ! à gauche. – Bruit à droite.)
M. Maurice Barrès. M. le président croit que j’ai dit que
vous ramassiez des calomnies en votant cette loi. Je n’ai rien dit
d’analogue. J’ai dit que, dans les livres de M. Zola, la vérité était
mal servie et que ses tableaux étaient souvent mensongers et
calomniateurs pour notre nation. Je n’ai rien dit de plus.
(Applaudissements à droite.)
M. le président. Vous avez dit, la sténographie le
constatera, que la Chambre prenait ces calomnies à son compte
en votant le projet de loi. (Bruit à droite.)
M. Gauthier (de Clagny). Voilà vingt ans que je vois
présider les Assemblées, c’est la première fois que je vois un
président intervenir dans le débat. (Bruit.)
M. Charles Deloncle. Monsieur Barrès, croyez-vous
que votre brochure les Mauvais instituteurs soit de nature à nous
grandir aux yeux de l’étranger ? (Applaudissements à gauche et
à l’extrême gauche.
M. Maurice Barrès. La sténographie, monsieur le président, constatera que
j’ai dit qu’en portant Zola au Panthéon, vous sembliez donner votre
signature officielle et nationale à ses œuvres, que vous y donniez votre
approbation. Un tel constat n’est-il pas le bon sens même ? (Très bien !
très bien ! à droite.)
Maintenant, je demande à l’Assemblée de se rendre
compte qu’il n’est pas dans mon intention de passionner ce
débat… (Exclamations ironiques à gauche et à l’extrême
gauche.)
M. Tournade. C’est le président qui le passionne. M. Maurice Barrès. … et je reprends mon discours au
point où je me suis interrompu, quand je voulais vous rappeler
l’opinion qu’un illustre écrivain, M. Anatole France, a exprimée
sur Zola.
M. Varenne. Il s’en est expliqué plusieurs fois.
M. Maurice Barrès. « Personne avant Zola, dit Anatole France, n’avait élevé
un si haut tas d’immondices. Jamais homme n’avait fait un pareil effort pour
avilir l’humanité, insulter à toutes les images de la beauté et de l’amour,
nier tout ce qui est bon et tout ce qui est bien… Son œuvre est mauvaise, et
il est un de ces malheureux dont on peut dire qu’il vaudrait mieux qu’ils ne
fussent pas nés. »
M. Charles Dumont. Décidément, le respect des morts
n’est pas dans la tradition du parti nationaliste !
(Applaudissements à gauche. – Bruit à droite.)
M. Maurice Barrès. Avec M. Bérenger, avec M. Anatole
France, j’ai donc le droit de constater, ce qui est de toute
évidence, qu’il y avait chez M. Zola une préoccupation basse et
pornographique.
M. Allemane. Et la lettre J’accuse ?
M. Tournade. La preuve, c’est que, dans nombre de pays,
notamment en Angleterre, on a interdit l’entrée de plusieurs de
ses livres.
M. Maurice Barrès. Toute sa vie, nous l’avons vu préoccupé de
réagir contre cette opinion qu’il sentait autour de lui et chez la plupart
de ses lecteurs. Pour lutter contre elle, il a pris deux boucliers : la
science et la République. La science d’abord : Il a essayé de nous faire
croire, et dans quelque mesure il a cru lui-même qu’en entassant dans ses
œuvres les descriptions empruntées à des manuels spéciaux, il collaborait à
l’œuvre de Claude Bernard. (Très bien ! très bien ! à droite.) Un
homme réfléchi voit bien qu’il n’y a pas plus de science, à proprement
parler, dans l’œuvre de Zola qu’il n’y en a, par exemple, dans l’œuvre de
Jules Verne.
M. Levraud. Il y en a beaucoup dans l’œuvre de
Jules Verne.
M. Maurice Barrès. Ne vous y trompez pas : il n’a fait
qu’alourdir de pédantisme ses obscénités. Mais quant à avoir
collaboré un seul instant à cette chose noble et grande qu’on
appelle la science, il ne serait vraiment pas facile à qui que ce
fût de l’établir. (Mouvements divers.)
Une seconde ressource à laquelle recourt continuellement
Zola, c’est de mettre son œuvre sous la protection de l’idée
républicaine.
À l’extrême gauche. C’est ce que vous ne ferez jamais.
M. Maurice Barrès. On a bien ri quand on l’a entendu
déclarer que « la République serait naturaliste ou qu’elle ne
serait pas. » On a également ri quand ces dames de Nana
faisaient à la République le grand honneur de se déclarer
républicaines. (Rires à droite.)
M. Levraud. C’est tout le contraire, Nana était
bonapartiste.
M. Maurice Barrès. Vous avez raison. C’est un lapsus de
ma part. Nana fait à la République le grand honneur de se
déclarer bonapartiste.
À ce moment-là, l’un des hommes importants du parti
républicain de cette époque, M. Colani, ancien professeur de
la faculté de théologie protestante de Strasbourg devenu rédacteur principal
à la République française, dénonçait en termes très précis la manœuvre : «
Que veut donc Zola ? disait-il. Qu’est-ce que cette recrue compromettante ?
Voyant tous les coeurs se
soulever devant son œuvre, il cherche des alliés, il essaye de
glisser sa main dans notre main : il arbore le drapeau de la
République pour couvrir sa marchandise immonde. »
Ainsi s’exprimait très justement M. Colani. Vous avez
peu à peu négligé ses avertissements, et voilà que maintenant
vous voudriez planter le drapeau de la République sur l’œuvre
de M. Zola. (Mouvements divers. – Interruptions et bruit à
gauche.)
Et pourquoi ce revirement ? Comment Zola, qui, il y a
quelques années, était repoussé par les plus autorisés des
républicains, a-t-il tout d’un coup conquis les sympathies d’une
fraction considérable du parti ? À cause de l’article
« J’accuse ! »
M. René Besnard. Cela suffit pour honorer un homme !
M. le comte de Lanjuinais. Vous n’êtes pas difficile !
(Bruit.)
M. Maurice Barrès. Eh bien ! sans toucher au fond de cet
article, puisque là-dessus nous différons, je puis bien vous préciser dans
quelles conditions il a été écrit. Je n’y trouve pas le caractère héroïque
qui, en dépit de toute une œuvre, peut mériter à Émile Zola la
reconnaissance nationale. (Très bien ! très bien ! au centre et à droite.)
Zola était au bout de son œuvre. Il était arrivé à un point de sa carrière
littéraire – carrière importante, considérable (Ah ! ah ! à l’extrême
gauche) – car je ne méconnais pas les vertus professionnelles de M.
Zola, et si je croyais que c’est le lieu
d’examiner le point de vue littéraire, je ne serais pas embarrassé,
non plus que vous, d’établir ses mérites littéraires, l’opiniâtreté
de son effort, sa connaissance de la technique du roman, etc.
(Mouvements divers.) Mais ce n’est pas de ces mérites spéciaux
qu’il peut s’agir dans une assemblée politique. Ici nous
considérons quelle sera la conséquence sociale de l’apothéose de
Zola. (Interruptions à l’extrême gauche.)
Zola était arrivé au moment de sa carrière littéraire où il
avait exprimé sa pensée tout entière. Rassasié de succès de
librairie, il rêvait de plus vastes triomphes. Il vit, dans une
affaire qui se présentait devant lui et qui satisfaisait évidemment
ses convictions, l’occasion d’entrer dans la vie active. Il disait :
« Je vois la voiture, j’y monte ! », et il engageait ses amis de
lettres à y monter avec lui. (Nouvelles interruptions à l’extrême
gauche.)
Je vous prie de suivre ma pensée.
De quoi s’agissait-il dans son esprit ? Il s’agissait d’écrire un ou
plusieurs articles retentissants, de se mêler à la plus importante des
polémiques ; c’était un article comportant les risques que vous avez tous
courus, avec plus ou moins d’éclat, quand vous vous livriez à vos polémiques
politiques dans vos sous-préfectures. (Mouvements divers.)
Mais il ne vous plaît pas de voir cet article tel qu’il est : vous
l’enveloppez d’une sorte de nuage mystique. À l’heure actuelle encore, cette
page de Zola prend, dans les imaginations passionnées par l’affaire, des
proportions qu’elle n’a pas en réalité.
En dépit de son œuvre tout entière, à cause d’un seul article, vous voulez
porter les cendres de Zola au Panthéon ; au Panthéon où il ne faudrait
inscrire que des noms qui puissent -
faire la paix chez nous, et qui puissent au dehors agrandir le nom
même de notre patrie. (Applaudissements au centre et à droite. –
Interruptions à l’extrême gauche.)
Pour l’éternité, vous voulez placer Zola non loin de Hoche et de Marceau,
entre Victor Hugo et Berthelot. Ne sentez-vous pas qu’il y a là
véritablement une inconvenance ? (Vifs applaudissements au centre et à
droite. – Réclamations à l’extrême gauche et à gauche.)
Quand je dis « une inconvenance », j’entends « une chose qui ne convient pas
». (Très bien ! très bien ! au centre et à droite.)
M. Camille Pelletan. C’est Victor Hugo qui a fait la paix ?
M. Maurice Barrès. Oui, monsieur Pelletan, j’espère que nous
serons d’accord là-dessus : un homme comme Victor Hugo tient l’emploi d’un
héros national...
M. Gustave Rouanet. Il a flétri tout ce que vous aimez.
M. Maurice Barrès. Non, son œuvre immense est un
vaste foyer d’enthousiasme. À une heure quelconque de notre
vie, nous nous sommes réchauffés à cette montagne en feu.
C’est en ce sens un poète vraiment national. Nous trouvons dans
ses livres tout ce qu’il y a de bon et de généreux dans nos âmes
divisées. Certes, nous ne l’admirons pas tous également et nos
admirations ne portent pas sur les mêmes points. Pour ma part,
si c’était le lieu de faire mes restrictions, j’indiquerais
facilement que je vois en lui le poète des espérances exagérées.
Mais je lui suis reconnaissant d’avoir été une grandiose
expression de l’idéalisme français. (Applaudissements au centre
et à droite.)
M. Alexandre Zévaès. Il a été l’expression de la
conscience française lorsqu’il a écrit les Châtiments et
Napoléon-le-Petit.
M. Maurice Barrès. Si sa cime se perd parfois dans les
nuées, il a sauvé de la bassesse plusieurs générations françaises.
(Applaudissements au centre et à droite.) Nous saluons en lui un
homme qui nous a appris plus que personne à mépriser la
littérature fangeuse. (Applaudissements au centre et à droite. –
Interruptions à l’extrême gauche.)
Et Berthelot ! Croyez-vous qu’il soit convenable de porter
Zola à côté de Berthelot, de Berthelot que l’austérité de sa vie,
aussi bien que la grandeur de ses découvertes, recommande à
notre respect ?
Messieurs, c’est une grande faute politique d’avilir dans
un pays l’idée de la gloire.
Supposez un jeune homme – étudiant, ouvrier – qui vient
visiter le temple du Panthéon. La fameuse inscription écrite au
fronton : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante », la
noble fresque de Puvis de Chavannes, divine de pureté ; le
Saint-Vincent de Paul de Falguière, si touchant de bonté, tout le
dispose aux sentiments généreux. Il ne demande qu’à
s’augmenter, à recevoir l’influence des grands hommes dont il
visite les tombeaux. Il arrive jusqu’à la pierre de Zola…
Le soir, auprès de sa lampe, ce jeune homme parcourt
l’histoire des Rougon-Macquart, que vos hommages officiels lui
recommandent. Il s’interloque ; il recherche la biographie de
Zola et la médite…
Ah ! messieurs, vous lui donnez, à ce jeune homme une
terrible leçon de scepticisme : « Conquérons, forçons le succès,
se dit-il. Peu importe quel succès, ne fût-il que d’argent, de bruit
et de scandale. On verra ensuite à se décrasser avec de la
politique ! » (Applaudissements à droite et au centre. – Bruit à
gauche.)
Eh bien, messieurs, ce n’est pas une façon française d’entendre l’honneur. (Nouveaux
applaudissements sur les mêmes bancs.)
Il y a quelques semaines, des députés de nuances diverses, de nuances
opposées, suivaient dans les rues de Paris le cercueil -
de jeunes gens morts au champ d’honneur ; et ils sentaient qu’il
se faisait entre eux, quelles que fussent leurs passions
intérieures, que nous éprouvons tous et qui après tout sont la
noblesse de notre vie publique, ils sentaient qu’il se faisait entre
eux une entente réelle sur les choses de la patrie subies, senties,
pensées dans de certaines circonstances. (Applaudissements au
centre et à droite.)
Eh bien, il se peut que vous soyez faits d’une telle
manière que vous supportiez la lecture de Zola qui m’offense
(Interruptions à l’extrême gauche.) ; il se peut que sur l’affaire
Dreyfus nous soyons irrémédiablement divisés ; mais tous, nous
nous accordons à sentir quelque chose de profondément
offensant dans le fait que l’on fera défiler l’armée devant le
cercueil de Zola. Et je vais vous dire pourquoi.
(Applaudissements à droite et au centre. – Bruit à gauche.)
M. Camille Pelletan. On a bien fait défiler l’armée
devant le cercueil de Victor Hugo ! Connaissez-vous les
Châtiments ?
M. Maurice Barrès. Je me suis expliqué sur Victor
Hugo. Je voudrais qu’il fût en mon pouvoir de mettre sous les
yeux de la Chambre, à l’aide d’un projecteur, la couverture de
l’édition allemande de la Débâcle. Elle a été vendue à un chiffre
extraordinairement considérable par fascicules. L’ouvrage
paraissait en vingt-cinq fascicules, et chacun d’eux porte une
image qui représente un soldat allemand terrassant un porte-drapeau
français, le roulant dans la boue et s’apprêtant à le
percer de sa baïonnette. (Mouvements divers.)
M. Allemane. Cela a pu arriver !
M. Gérault-Richard. Ce n’est pas la faute de Zola si
nous avons été battus à Sedan !
M. Levraud. S’il n’y avait pas eu les hontes de l’empire,
Zola n’aurait pas écrit la Débâcle.
M. Maurice Barrès. Il est toujours possible, dans une
Assemblée où les dialecticiens les plus vigoureux abondent, de
soutenir toutes les thèses et de répondre, mais il est impossible
que vous ne sentiez pas comme une chose douloureuse qu’un
écrivain puissant et ayant une grande action ait pu se permettre
une telle présentation, une telle réclame.
M. Allemane. On ne peut pas empêcher une traduction !
(Bruit au centre.)
M. Maurice Barrès. Je suis prêt, naturellement, à
remettre cette brochure entre les mains de celui qui me répondra
à la tribune. Il ne sera pas difficile à mon contradicteur d’être
plus éloquent que celui qui vous parle, il ne lui sera pas difficile
de trouver des arguments à opposer à tout ce que j’ai dit
précédemment, parce que je suis dans un camp et que vous êtes
dans un autre, et que les deux camps ont des armes puissantes ;
mais il n’y aura pas un de vous qui ne soit profondément
embarrassé, embarrassé jusqu’à l’impuissance, d’avoir à justifier
cette exploitation injurieuse des malheurs de la patrie.
(Applaudissements vifs et répétés à droite et sur divers bancs au
centre. – Bruit à gauche. – L’orateur de retour à son banc reçoit
les félicitations de ses amis.)
M. le président. La parole est à M. le rapporteur de la commission.
M. Buyat, rapporteur. Messieurs, je voudrais répondre
brièvement, mais complètement, au discours ardent, passionné
et injuste que vous venez d’entendre. (Très bien ! très bien ! à
gauche. – Rumeurs à droite.)
Il a plu à mon distingué collègue M. Maurice Barrès
d’invoquer l’opinion d’Anatole France. Peut-être aurait-il dû se
rappeler que, sur la tombe d’Émile Zola, Anatole France
prononça ces paroles vengeresses :
« Il fut un moment de la conscience humaine. » Il le fut,
en effet, et à une heure où l’égoïsme et la peur étaient assis aux
conseils du Gouvernement. (Applaudissements à gauche. –
Interruptions à droite.)
M. Gayraud. Quel était le ministère à ce moment
?
M. le rapporteur. Ne m’interrompez pas avec cette
véhémence ; vous savez bien que je fais allusion, monsieur
l’abbé Gayraud, au ministère qui était présidé par M. Méline…
(Exclamations à droite.)
M. le baron de Boissieu. Et dont faisait partie M. Barthou !
M. le rapporteur. … et qui, toutes les fois qu’on lui
posait des questions embarrassantes, refusait de répondre, parce
que, disait-il, il ne voulait pas faire le jeu des partisans de la
révision. D’ailleurs, ceux qui, à ce moment, s’inquiétaient de la
vérité et de la justice n’étaient pas plus heureux lorsqu’ils
allaient au Palais de justice, puisqu’ils y trouvaient un président
qui faisait à toute demande un peu précise et difficile, cette
réponse désormais légendaire : « La question ne sera pas
posée. »
Messieurs, la lettre « J’accuse » suffirait à justifier la loi
que vous avez votée… (Exclamations à droite et sur divers
bancs au centre. – Applaudissements à gauche.)
M. Charles Benoist. Si c’est l’auteur de « J’accuse » que
vous portez au Panthéon, dites-le !
M. le rapporteur. … et la demande de crédits qui vous
est soumise aujourd’hui par le Gouvernement n’est que
l’exécution même de cette loi.
Tout à l’heure M. le président faisait observer avec
beaucoup de raison que la loi a été votée le 13 juillet 1906 par la
Chambre. Et il me sera bien permis de rappeler qu’elle le fut par
316 voix contre 165. Ce jour-là, de ce côté de la Chambre (la
droite), pas une protestation ne se fit entendre. (Exclamations à
droite.)
M. Tournade. Comment, pas une protestation ne se fit
entendre !
M. le rapporteur. Pas un orateur ne monta à la tribune,
monsieur Tournade.
M. Tournade. Alors vous n’assistiez pas à la séance ?
M. le rapporteur. Je vous demande pardon, mon cher
collègue, j’y étais.
M. Tournade. Et moi aussi, et je ne trouve pas que la
séance ait été calme.
M. le rapporteur. Si vous avez gardé le silence de ce côté de la
Chambre (la droite), c’est sans doute que vous sentiez que le moment était
mal choisi, à cette heure où l’on voulait accorder les réparations légitimes
et nécessaires et où l’on réintégrait à la fois et le commandant Dreyfus et
le général Picquart.
Le vote de la Chambre fut ratifié, le 11 décembre 1906, au
Sénat par une majorité aussi forte qu’elle l’avait été à la
Chambre, par 155 voix contre 105. C’est ainsi que fut
promulguée la loi du 15 décembre 1906.
Il a plu à M. Maurice Barrès de rééditer à cette tribune
l’article qu’il avait publié dans l’Écho de Paris et dans lequel il
disait que l’œuvre de Zola lui causait quelque nausée lorsqu’il se
penchait sur elle.
Ah ! messieurs, c’est un débat vieux comme le monde que l’accord de la
littérature et de la morale. Mais n’aurait peut-être pas
dû se montrer si sévère et si particulièrement difficile. Lorsque vous
parliez, mon cher
collègue, du jeune homme qui, de retour du Panthéon, se mettra
à lire les œuvres de Zola, pensez-vous que l’impression qu’il en
pourra ressentir sera, au point de vue moral, beaucoup plus
fâcheuse que celle qu’il pourrait éprouver à la lecture de certain
chapitre, délicieux du reste, mais parfaitement immoral, de votre
Jardin de Bérénice ? (Applaudissements à gauche.)
M. le président. Veuillez, je vous prie, ne pas faire de
personnalités.
M. Maurice Barrès. Quand j’étais à la tribune, j’ai bien
entendu plusieurs fois indiquer cet argument ; mais j’ai cru qu’il
y aurait une réelle fatuité vis-à-vis de la Chambre à le relever. Je
m’en suis tenu à l’ordre du jour qui parle du transport de Zola au
Panthéon. Si quelqu’un pense qu’il y a lieu d’ajourner mon
propre transport, je me range à son avis. (Applaudissements et
rires à droite et au centre.)
M. le rapporteur. Eh bien, messieurs, les passions
littéraires qui font que, souvent, la confraternité n’est qu’une
haine vigilante, les passions littéraires et même les passions
politiques n’auraient pas dû empêcher M. Barrès de reconnaître
qu’Émile Zola fut un grand ouvrier des lettres françaises, que,
durant toute son existence, il travailla sans un jour de repos, et
que cette vie tout entière consacrée au labeur est, en elle-même
et par elle-même, un exemple et un enseignement.
M. Charles Benoist. Si Zola n’avait pas écrit la fameuse
lettre : « J’accuse ! » l’auriez-vous porté au Panthéon ?
(Applaudissements à droite et au centre.)
M. le rapporteur. Monsieur Charles Benoist, vous ne me ferez pas séparer,
dans ce débat, l’écrivain de l’homme public. Et j’ai bien le droit de
rappeler qu’Émile Zola écrivit plus de vingt mille pages, où vivent près de
douze cents personnages.
M. Charles Benoist. Et Balzac ?
M. le comte de Lanjuinais. Ponson du Terrail en a écrit
beaucoup plus.
M. le rapporteur. Il y a là, je le répète, un exemple et un
enseignement. Et d’ailleurs la jeunesse du quartier Latin l’avait
si bien compris, qu’elle le désigna pour présider le banquet de
l’association générale des étudiants, et c’est ce jour-là que Zola
put lui donner comme enseignement, avec toute la force et toute
l’autorité de son exemple personnel, cette devise qui fut celle de
toute sa vie : Nulla dies sine linea.
M. Jules Delahaye. Alors, c’est à cause du nombre de
ses livres que vous le mettez au Panthéon ?
M. le rapporteur. Je sais bien que M. Maurice Barrès a
apporté ici une citation d’Anatole France. J’ai hâte, à mon tour,
de faire passer sous les yeux de la Chambre cet autre jugement
d’Anatole France :
« Zola était profondément moral. Il a peint le vice d’une
main rude et vertueuse. Dans ses romans, qui sont des études
sociales, il poursuivait d’une haine vigoureuse une société oisive
et frivole. Démocrate, il ne flatta jamais le peuple, et il s’efforça
de lui montrer les servitudes de l’ignorance et les dangers de
l’alcool qui le livre, imbécile et sans défense, à toutes les
misères et à toutes les hontes.
« Il combattit le mal social partout où il le rencontra.
« Telles furent ses haines.
« Dans ses derniers livres, il montra tout entier son amour de l’humanité. »
Et en effet, pour ceux qui veulent regarder de près l’œuvre
de Zola, aller au fond même de cette œuvre, on voit parfaitement
qu’il a voulu peindre de larges fresques, où palpitent toutes les
souffrances humaines, justement pour que l’excès même de ces
souffrances apportât le remède.
Je ne voudrais pas suivre M. Maurice Barrès sur le terrain
littéraire ; nous ne sommes point ici une académie et il est bien
certain que nous délibérons entre mortels ; je parle au moins
pour la majorité de nos collègues.
M. Charles Benoist. Et pour quelques-uns des autres.
M. le rapporteur. Mais enfin, si on veut prendre, par exemple, cette
œuvre, d’une si vaste portée sociale, l’Assommoir, qui ne voit que Zola y a
dénoncé avec une singulière vigueur de touche les dangers de l’alcoolisme
qui précipite dans la misère toute une famille ouvrière ? Et, lorsque voulant faire impression sur la Chambre, dénonçait
l’antipatriotisme d’Émile Zola à propos de la publication de son livre la
Débâcle, je n’ai pour lui répondre qu’à me reporter au Temps d’hier soir qui
citait une partie de la correspondance d’Émile Zola qu’on vient de publier.
(Mouvements divers à droite.)
J’imagine que j’ai bien le droit d’invoquer cette
correspondance, parce qu’elle montre excellemment quelle fut
l’intention de l’auteur en écrivant la Débâcle.
M. Levraud. C’est un livre patriotique qui met à nu les
trahisons et les infamies de l’empire.
M. le rapporteur. C’est comme vous le dites, mon cher
collègue, un livre patriotique.
Dans une lettre que j’ai là sous les yeux, Émile Zola dit
que ce qui lui a permis d’écrire ce livre, c’est que la France, à
force de peine et à force d’efforts, s’était relevée.
« D’abord, dit Émile Zola, dire la vérité sur l’effroyable catastrophe dont
la France a failli mourir. Et je vous assure qu’au premier moment cela ne
m’a point paru facile, car il y a des faits lamentables pour notre orgueil.
Mais à mesure que je me suis enfoncé dans cette abomination, je me suis
aperçu qu’il était temps de tout dire, et que nous pouvions tout dire
maintenant, dans la satisfaction légitime de l’énorme effort que nous avons
dû faire pour nous relever. Je suis content ; j’espère qu’on me tiendra
compte de mon impartialité. Tout en ne cachant rien, j’ai voulu expliquer
nos désastres. C’est l’attitude qui m’a paru la plus noble et la plus sage.
Je serais bien heureux si, en France et en Allemagne, on rendait justice à
mon grand effort de vérité. Je crois que mon livre sera vrai, sera juste, et
qu’il sera sain pour la France par sa franchise même. »
Je tenais à apporter cette citation ; c’est vraiment un
moyen facile de venir ici dénoncer Émile Zola comme
antipatriote, alors qu’au contraire cette lettre indique sa
constante préoccupation d’éviter à son pays les retours de
l’histoire.
Ce que M. Breton, l’auteur de la proposition, a voulu
faire, c’est glorifier le courage civique du grand citoyen qui, à
une heure difficile, a écrit la lettre J’accuse.
Il l’a écrite à un moment qu’il est nécessaire de rappeler,
où chacun se taisait, où il y avait comme une conspiration du
silence : c’est même ce qui explique et ce qui justifie son acte
courageux. Si, à ce moment, il s’était trouvé des hommes pour
faire leur devoir, Zola n’aurait pas eu à intervenir : mais c’est
précisément parce qu’il y avait cette conspiration du silence,
parce que la voix de la justice était étouffée, que Zola devait
parler.M. Maurice Barrès n’a vu là qu’un désir de réclame. Je
lui réponds qu’Émile Zola, en agissant ainsi, faisait preuve d’un
singulier courage.
Il était arrivé au terme de son œuvre littéraire, presque au terme de
l’existence ; il aurait pu se reposer ; il savait, avec son expérience de la
vie, au-devant de quelles passions déchaînées il allait ; il savait qu’il se
heurterait à cette foule qu’il avait si souvent décrite, qui n’aurait pour
lui qu’injures et que huées, à une heure où le prétoire était envahi par des
chefs séditieux qui commandaient à des magistrats obéissants. (Exclamations
sur
divers bancs au centre et à droite. – Applaudissements à gauche
et à l’extrême gauche.)
Malgré le danger, Zola n’hésita pas une seconde. M. Maurice Barrès disait qu’il avait agi ainsi « comme il serait
monté en voiture ». – Je prends sa propre expression. – Il me
permettra de lui dire qu’il y avait de singuliers accidents à
redouter.
M. Maurice Barrès a ajouté qu’il y avait eu dans le pays
deux partis, le sien et le nôtre. Lorsque plus tard on relira
l’histoire de l’affaire, ce qu’il y a de mieux à souhaiter pour
ceux qui combattirent avec vous (l’orateur désigne la droite),
c’est qu’on puisse croire qu’il y eut un funeste malentendu. Mais
alors, s’il y a eu malentendu, pourquoi ne pas vous associer à
l’œuvre de réparation ? (Exclamations ironiques à droite.)
Vous pouvez d’autant mieux le faire qu’en rendant
hommage à Zola vous honorerez un Français et un patriote. Le
plus bel hommage qu’on puisse rendre à son pays, c’est de ne
pas douter de sa justice. (Vifs applaudissements à gauche et à
l’extrême gauche.)
M. le président. La parole est à M. de Grandmaison.
M. de Grandmaison. Messieurs, je n’ajouterai que
quelques paroles au très beau discours prononcé par notre
éminent collègue M. Maurice Barrès, celui dont M. Sembat
disait, il y a deux ans, à cette même tribune, qu’il était un des plus
grands écrivains de notre temps. À l’extrême gauche. Nous disons comme vous
pour vous faire plaisir.
M. Charles Benoist. Vous pouvez bien le dire. Cela fera
honneur à votre jugement.
M. de Grandmaison. M. le président du conseil disait, il
y a quelques mois, que nous vivions sous le régime de
l’incohérence.
M. Charles Benoist. Nous n’avons pas voulu le croire !
M. de Grandmaison. Il me semble que malheureusement
nous en voyons encore aujourd’hui quelques exemples : vous
envoyez Hervé48 en prison et vous ordonnez la translation des
restes d’Émile Zola au Panthéon ; or Hervé n’a pas écrit le quart
de ce qu’a écrit Émile Zola sur l’armée française. Ce sont des
temps véritablement étranges que nous traversons ; le fait
d’avoir professé les mêmes théories conduit impitoyablement les
petits en prison ou à la révocation s’ils sont fonctionnaires et sert
aux autres de tremplin pour devenir ministres.
Je regrette vraiment que ce soit mon honorable et
sympathique collègue M. le ministre de l’instruction publique
actuel qui soit chargé de faire au Panthéon l’apologie de Zola ; il
eût mieux valu que cette tâche incombât à son prédécesseur,
M. Briand ; son passé d’antimilitariste lui aurait permis de
prononcer en connaissance de cause le panégyrique d’Émile
Zola, contempleur de nos soldats dans son livre odieux de la
Débâcle.
M. Gustave Rouanet. Il l’aurait mal fait.
M. de Grandmaison. Je tiens donc, en ne considérant que
l’écrivain, dont les livres tendent à jeter le discrédit sur mon
pays, à joindre ma protestation à celle de M. Maurice Barrès,
qui, je le comprends, éprouve quelque rancoeur, lui qui a écrit les
admirables pages que vous connaissez sur Renan, de voir le père de la
Mouquette recevoir les mêmes honneurs nationaux
que l’immortel auteur de la sublime Prière sur l’Acropole.
Je ne reviendrai pas sur le jugement porté par Anatole
France sur Zola. Il me semble que les grands morts qui dorment
leur dernier sommeil sous les voûtes du Panthéon éprouveront
quelque regret de voir auprès d’eux l’homme qui a traîné dans la
boue les rudes travailleurs que sont les paysans de France, que
nous avons le grand honneur de représenter ici.
M. Levraud. C’est inexact.
M. de Grandmaison. Comme l’affirmait notre éminent collègue, M.
Barrès, que de fois n’avons-nous pas entendu dire à l’étranger : Est-il vrai
que le peuple français soit corrompu, bas, cupide, imbu de mauvais
sentiments ? Et quand on demande à ceux qui vous adressent de pareilles
questions où ils ont puisé leurs renseignements, il vous répondent : Mais
nous avons lu Zola ! C’est ainsi que, grâce à cet homme néfaste, on juge au
dehors cet admirable paysan de France, dur à la fatigue, laborieux, économe,
patient, patriote, dont M. le ministre des finances disait hier qu’il était
l’honneur de la démocratie française ! C’est ainsi que, grâce aux ouvrages
de Zola, on le fait
connaître au monde entier comme un être abruti, intempérant,
pourri de toute façon. Et voilà l’homme que vous envoyez au
Panthéon !
Je considère qu’il est de l’honneur de la France comme de
la République, pour tout bon citoyen et républicain, pour tout
bon Français et patriote, pour tout représentant du peuple,
soucieux de sa dignité, de refuser le crédit demandé par le
Gouvernement pour envoyer l’auteur de la Terre et de la
Débâcle, quel que soit son talent d’écrivain, reposer auprès des
grands hommes auxquels la patrie a voulu se montrer
reconnaissante en accordant à leurs cendres le suprême honneur
d’être déposées pour l’éternité dans le temple élevé à ceux qui
ont bien mérité du pays ! (Applaudissements sur divers bancs à
droite et au centre.)
M. le président. La parole est à M. Jaurès.
M. Jaurès. Messieurs, c’est le destin d’Émile Zola,
enviable après tout, que l’honneur qui lui est dû lui soit disputé
jusque dans la mort : ainsi se prolonge et se complète la belle
unité de sa vie de combat.
Mais, messieurs, nous n’acceptons pas, nous ne pouvons
pas accepter que, dans Émile Zola, on essaye ainsi de séparer le
grand ouvrier de lettres et le grand citoyen. Comme ouvrier de
lettres, comme citoyen, il a été le combattant énergique de la
vérité, et c’est cet amour passionné… (Interruptions à droite. –
Applaudissements à gauche et à l’extrême gauche.)
M. Tournade. Vous n’en pensez pas un mot ! (Bruit.)
M. Jaurès. … c’est cet amour passionné du vrai qui fait
l’unité profonde de son œuvre et de sa vie.
Ah ! vous avez parlé avec quelque légèreté, me semble-t-il,
des conditions dans lesquelles Zola a écrit la lettre
« J’accuse » ! Vous le montriez lassé, pour ainsi dire, dans son
œuvre littéraire et cherchant au dehors un renouvellement. Il
avait, pendant de longues années, comme écrivain, lutté,
bataillé, supporté, subi les malentendus, les méconnaissances,
les outrages : il était enfin arrivé par la double force du labeur et
du génie… (Vifs applaudissements à gauche et à l’extrême
gauche.)
M. le comte de Lanjuinais. C’est un peu exagéré.
M. Jaurès. … à imposer son œuvre à l’admiration de tous
ou de presque tous, et c’est, messieurs, à l’heure où l’homme
déjà lassé par de longues luttes ne songe qu’à cueillir les fruits
de son action et la gloire de son œuvre, c’est à cette heure même
qu’il a accepté de tout remettre en question, de se livrer de
nouveau aux discussions, aux anathèmes, aux outrages.
Pourquoi ? Parce qu’il s’était dit : J’ai cherché à être dans l’art
l’homme de la vérité ; je dois faire pour l’honneur de l’art lui-même
la preuve que nous ne sommes pas des dilettantes et des virtuoses et que la
vérité que nous voulions mettre dans notre
œuvre, nous voulons la mettre dans notre vie. (Applaudissements
à l’extrême gauche et à gauche.)
Voilà, messieurs, voilà, monsieur Barrès ce qui a fait pour
nous, ce qui a fait pour le peuple de France (Exclamations à
droite – Applaudissements à l’extrême gauche et à gauche) la
grandeur émouvante de son intervention. Et ne dites point que
par là il a desservi au dehors la patrie ; ne dites point qu’il l’a
abaissée dans la conscience du monde et dans sa propre
conscience. Le pire qui eût pu advenir à la France eût été de
tolérer sans protestation la continuation d’une iniquité, de laisser
ainsi se décomposer le cadavre de la justice. (Vifs
applaudissements à gauche et à l’extrême gauche.) Non ! et la
récompense de Zola, la vraie, la grande, c’est que cet effort de
vérité, cet effort qu’il a fait dans la bataille sociale pour la vérité
et pour le droit, a éclairé pour beaucoup d’hommes le sens
profond de son œuvre d’artiste ; c’est que ceux-là même qui
avaient pu jusque-là être ou exclusivement ou principalement
frappés de la part de trivialité ou de grossièreté que la
description de la vie implique toujours (Réclamations à droite et
au centre – Applaudissements à gauche), ceux-là ont reconnu
l’inspiration profonde de la vérité.
Je vous en prie, ne nous arrêtons pas à quelques citations de détail, car si
nous allions réveiller les morts glorieux qui dorment au Panthéon, et à côté
desquels Zola ira reposer, il serait facile aussi – on l’a fait bien des
fois – d’extraire et de l’œuvre de Voltaire et de l’œuvre de Jean-Jacques des parties
qui choqueraient votre délicatesse.
Ce que l’humanité a retenu, c’est l’effort éclatant de vérité
et de science. Eh bien ! dans l’œuvre de Zola, il n’y a pas
seulement d’admirables et puissantes peintures de la vie, il y a
une sorte d’optimisme robuste, une foi invincible dans la force
du travail, de la science, de la vie elle-même. (Applaudissements
à gauche et à l’extrême gauche.)
C’est par là qu’avec ses procédés particuliers, dans le
milieu social nouveau où il agissait, où il écrivait, il est le
continuateur de ces hommes du dix-huitième siècle, de ces
esprits comme Diderot (Interruptions au centre – Applaudissements
à gauche et à l’extrême gauche.) qui ont projeté sur la
réalité une lumière brutale et crue, mais qui, sans cacher les
laideurs, les vices de l’homme, avaient foi en lui, en sa faculté
de régénération. (Applaudissements à gauche et à l’extrême
gauche.) C’est là ce que Zola a toujours dit. Ce qu’il a dit dès la
première heure, ce qu’il écrivait dans ses Lettres de jeunesse où
sa pensée est encore hésitante, c’est qu’il voulait, à l’aide des
données de la science, interpréter la réalité sociale, qu’il y
rencontrerait bien des misères, bien des laideurs, bien des
hideurs, mais qu’il avait confiance qu’au bout, par l’application
persévérante de la science à la conduite des sociétés, par
l’éducation progressive des hommes, l’humanité saurait dominer
ce destin mauvais. C’est-là le sens profond et généreux d’une
œuvre parfois brutale qui n’est jamais avilissante. (Applaudissements
à gauche et à l’extrême gauche.)
Aujourd’hui, vous lui opposez d’autres grands morts. Et tout à l’heure,
j’avoue que j’éprouvais une sorte d’émotion à entendre M. Maurice Barrès
glorifier Victor Hugo.
Eh ! oui, M. Barrès ne peut pas le désavouer entièrement.
Quoi qu’il en ait, il doit au romantisme une trop grande part de
sa sensibilité ; mais au moment même où, pour combattre le
naturalisme de Zola, M. Barrès glorifiait le maître du
romantisme, je ne pouvais pas oublier que ses amis, ses
compagnons d’armes, ses disciples, depuis Maurras54 jusqu’à
Lasserre55 qui lui dédiait récemment son œuvre sur la Crise du
romantisme, je ne pouvais pas oublier que toute l’école de
M. Barrès condamne non seulement le naturalisme, mais aussi le
romantisme.
Pourquoi ? Oh ! parce que malgré les alliances premières,
momentanées, accidentelles du romantisme avec les pouvoirs
d’autorité et de tradition, vous avez bien reconnu qu’il portait en
lui le souffle orageux de la Révolution, que c’était l’aspiration
infinie des âmes françaises vers la liberté et vers la justice qui
avait renouvelé l’art du romantisme, qui lui avait donné ce
frisson, et, dans le romantisme comme dans le naturalisme, vous
poursuivez l’esprit de la révolution appliqué à l’art. (Vifs
applaudissements à l’extrême gauche et à gauche.)
M. Combrouze. Et dire que c’est l’autre qui est académicien ! (Vifs
applaudissements et rires sur les mêmes bancs.)
M. Jaurès. Voilà le sens de l’opposition que vous faites
au projet. Voilà aussi le sens du vote que la Chambre émettra
tout à l’heure. Il signifiera, encore une fois, que Zola n’a pas
séparé, qu’il a réuni l’art et la vie dans la passion de la vérité. Il
signifiera que, s’il est bon, comme le demande M. Maurice Barrès, pour les grands peuples, de ne pas oublier leur passé
profond, d’honorer leur terre et leurs morts, il ne faut pas
arbitrairement mutiler la tradition de la patrie, et que le clair
génie encyclopédique et révolutionnaire est une partie de cette
tradition. (Applaudissements à gauche et à l’extrême gauche.) Il
signifiera que l’art, quelque haute que soit sa fonction propre,
quelque distincte que soit sa forme propre, trouve un
renouvellement au contact de la réalité et de la vie.
Ah ! il a plu à M. Barrès de s’enfermer dans je ne sais
quelle doctrine de contemplation parfois un peu dédaigneuse ;
on y sent encore le frémissement de la vie ; mais il n’a pas
oublié qu’il a commencé par la glorification, par le culte exclusif
de l’individu. Il a trouvé ce culte un peu étroit, il a voulu
l’élargir ; mais il n’a demandé cet élargissement qu’au culte du
passé, parce que c’est encore une façon de continuer la solitude
où il se complaît.
La gloire de Zola, son honneur, c’est de n’avoir pas conçu
l’art à la façon de M. Barrès, comme une sorte d’étang
mélancolique et trouble, mais comme un grand fleuve qui
emporte avec lui tous les mélanges de la vie, toutes les audaces
de la réalité. (Applaudissements sur les mêmes bancs.)
C’est là ce que le peuple, avec son instinct, a reconnu dans
l’œuvre de Zola, dans le chercheur de vérité, dans le compagnon
de bataille. Et voilà pourquoi nous vous demandons, messieurs,
non seulement d’écarter les restrictions et les réserves, mais,
d’accord avec le Gouvernement, de donner à la solennité qui
doit fêter cette grande mémoire toute la force et toute l’ampleur
populaires qui conviennent au génie français. (Vifs applaudissements
à gauche et à l’extrême gauche.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de
l’instruction publique.
M. Gaston Doumergue, ministre de l’instruction publique et des
beaux-arts. Messieurs, le Gouvernement s’est
associé, tant à la Chambre qu’au Sénat, au vote qui a décerné les
honneurs du Panthéon à Émile Zola. C’est en exécution de ce
vote que nous avons déposé le projet de loi qui fait l’objet du
débat actuel.
Je suis convaincu que la Chambre votera ce projet avec
une majorité républicaine au moins égale à celle qui s’est
affirmée lors de la première discussion.
Je n’ai pas besoin d’insister, je le sais ; mais je veux
cependant faire remarquer à l’honorable M. Barrès, qui vous
invite, messieurs, à revenir sur votre vote…
M. Maurice Barrès. Si on réduisait le crédit, je serais
déjà content !
M. le ministre. … qu’il y a dans ses observations
quelques contradictions, avec un peu d’incohérence.
(Exclamations à droite.)
De l’écrivain, M. Barrès n’a pas dit grand-chose. (Réclamations
à droite.) Des critiques excessives et mal précisées
comme celles que nous avons entendu répéter depuis longtemps,
des citations sévères d’écrivains qui, plus tard, ont rendu à Zola
la justice qu’il méritait, c’est ainsi que M. Maurice Barrès a jugé
Émile Zola comme écrivain.
Mais il a vite abandonné l’écrivain pour juger et
condamner le citoyen, en même temps que le grand acte
politique accompli par ce dernier.
C’est à l’acte de Zola, c’est à son attitude dans l’affaire à
laquelle M. Barrès faisait allusion au début de son discours, que
se sont adressées les plus vives critiques de notre collègue.
M. Jaurès vous disait qu’il y avait une injustice cruelle à
accuser Zola d’avoir, au moment où il venait de terminer une
partie de son œuvre, uniquement cherché une occasion d’attirer
l’attention sur lui et d’avoir agi non par une conviction très
forte, mais seulement pour satisfaire son goût de la popularité.
D’après M. Barrès, Émile Zola a vu passer une voiture qui pouvait,
croyait-il, le conduire à cette popularité et il y est monté. A-t-il oublié
– nos souvenirs sont plus précis – qu’à ce moment le nombre de ceux qui
avaient pris place dans cette voiture était fort restreint et que celle-ci
ne paraissait pas précisément conduire à la popularité ? A-t-il oublié le
danger, les périls qu’il y avait à voyager ainsi ? (Applaudissements à
gauche et à l’extrême gauche.)
Nous nous en souvenons, nous autres. Nous nous
souvenons aussi que ceux qui faisaient escorte à Zola en
l’accablant, lui et ceux qui étaient à ses côtés, de leurs
imprécations, de leurs injures et de leurs violences, ne
représentaient pas précisément la tradition, la bravoure,
l’héroïsme, la loyauté françaises, ni l’ardent amour de notre
nation pour la justice et pour la vérité. (Applaudissements à
gauche.) Que voulait donc Zola ? Pourquoi s’était-il jeté dans
cette bataille ? On vous l’a dit avec une grande éloquence, Zola
voulait défendre cette vérité et cette justice, sans lesquelles il ne
peut y avoir de régime républicain et démocratique durable.
L’une et l’autre ont triomphé : leur heure est venue enfin.
La cour de cassation s’est prononcée (Interruptions à droite), et
c’est au lendemain de son arrêt de justice, au lendemain de
l’acte de réparation enfin accompli que le Parlement, que la
majorité républicaine tout entière, à laquelle s’était associé le
Gouvernement, ont décidé de décerner à Zola les honneurs du
Panthéon. À ce moment, personne n’a protesté, personne n’a
rien dit. Contrairement à ce qu’on affirmait dans une
interruption, il n’y a pas eu, au moment du premier vote, une
protestation dans la Chambre. Le projet a été voté sans
discussion. Mais, depuis lors, les espoirs sont revenus ; des
courages autrefois hésitants se sont affermis. Profitant de ce que
les faits sont déjà un peu éloignés de nous, on a pensé que vous
pourriez les avoir en partie oubliés, et que, par suite, il serait
possible d’amener la majorité républicaine, qui en 1906 voulut,
en faveur de Zola, accomplir un acte de reconnaissance, à faire
aujourd’hui un acte de contrition. Ni la majorité républicaine, ni
le Gouvernement ne sauraient s’associer à cette manœuvre. (Vifs
applaudissements à gauche et à l’extrême gauche.)
M. le président. Personne ne demande plus la parole dans la
discussion générale ?...
La discussion générale est close.
Je consulte la Chambre sur la question de savoir si elle
entend passer à la discussion de l’article unique.
(La Chambre, consultée, décide de passer à la discussion
de l’article unique.)
M. le président. « Article unique. – Il est ouvert au
ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, sur
l’exercice 1908, en addition aux crédits alloués par la loi de
finances du 31 décembre 1907, un crédit extraordinaire de
35 000 francs, qui sera inscrit à un chapitre spécial du budget du
ministère de l’instruction publique et des beaux-arts
(1re section. – Service de l’instruction publique), portant le
n° 117 et ainsi libellé : « Frais de translation des cendres
d’Émile Zola au Panthéon. »
« Il sera pourvu à ce crédit au moyen des ressources
générales du budget de l’exercice 1908. »
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix, par scrutin, l’article unique du projet de
loi.
Le scrutin est ouvert.
(Les votes sont recueillis. – MM. les secrétaires en font le
dépouillement.)
M. le président.
Voici le résultat du dépouillement du scrutin :
Nombre des votants............
520. Majorité absolue
....................261.
Pour l'adoption,………………………………………………. 356
Contre,.......................................................................
164
La Chambre des députés a adopté
Après les rectifications de vote, les résultats officiels sont les suivants : 344
pour et 144 contre.
Le 13 juillet 1906, 316 députés avaient voté la translation
des cendres de Zola au Panthéon, 165 l’avaient repoussée. |