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Fiche n° 70
Créée en 1796 (loi du 14 ventôse an IV), la bibliothèque de l’Assemblée nationale n’a été installée dans ses locaux actuels qu’en 1835.
Le bâtiment fut édifié de 1833 à 1835 sur l’ancienne cour des remises du Palais Bourbon. L’architecte Jules de Joly conçut la grande nef (42 mètres de long sur 10 mètres de large) pour recevoir 70 000 volumes, soit 20 000 de plus que n’en possédait alors la bibliothèque. La décoration des plafonds fut confiée à Eugène Delacroix, qui ordonna les sujets des cinq coupoles selon la classification des libraires en usage à l’époque. Pour chaque coupole, un thème regroupe, sur quatre pendentifs, les hommes les plus célèbres dans la discipline évoquée : au centre, la législation ; de part et d’autre, la philosophie et la théologie ; aux extrémités, la science et la poésie. Au nord et au sud, deux hémicycles opposent la guerre (« Attila foulant aux pieds l’Italie et les Arts ») à la paix (« Orphée enseignant la civilisation aux Grecs encore barbares »). Huit années (1839-1847) furent nécessaires à Delacroix et à ses élèves pour concevoir et mettre en place ce projet exceptionnel. Ainsi, ce lieu d’étude et de recherche est-il également, grâce au génie du peintre, un des plus beaux témoignages de l’art romantique. « Il n’a rien été fait dans l’École française de plus magnifique en fait de peinture murale » a écrit, en 1881, le grand historien d’art Charles Blanc. II. - LE FONDS : DU CABINET D'AMATEUR La bibliothèque hérita, à sa création, des 12 000 livres rassemblés par le Comité d'instruction publique de la Convention. Ils provenaient des « dépôts littéraires » créés après la mise sous séquestre des biens appartenant aux religieux et aux émigrés. C'est dans ces mêmes dépôts que le premier bibliothécaire, Armand Gaston Camus, nommé en 1796, puisa pour enrichir le fonds jusqu'à la fin du Consulat (1804). Alliant esprit encyclopédique et passion bibliophilique, il s'appliqua à marier, selon ses propres termes, « le plaisir des yeux à celui de l'esprit ». Son successeur, le bénédictin Druon, concevait lui aussi la bibliothèque tout à la fois comme un organe de documentation et un cabinet de pièces rares et précieuses. Procédant par acquisitions dans des ventes publiques, il fit notamment entrer dans le fonds ancien deux documents exceptionnels : le manuscrit du procès de Jeanne d'Arc et le Codex Borbonicus, calendrier aztèque datant de la fin du XVe siècle. À partir de 1830, les temps changent : alors que le régime parlementaire s'affermit, la bibliothèque, placée près de la salle des séances, doit devenir un outil de travail adapté aux besoins du législateur. Conformément aux instructions données par les autorités politiques, les gestionnaires devront désormais mettre à la disposition des députés tout ce qui se publie, au moins en édition française, dans les domaines juridique, économique, social et politique. C'est la règle qui gouverne, depuis lors, les acquisitions d'ouvrages et de périodiques. La technicité y a gagné au détriment de la bibliophilie. Rien n'interdit, cependant, d'enrichir le fonds ancien de documents rares lorsqu'ils se rattachent à l'histoire politique et parlementaire. C'est ainsi que sont entrés, ces dernières années, dans les collections, des manuscrits de Robespierre, Lamartine, Jaurès ou Léon Blum, sans oublier ceux dont les parlementaires font eux-mêmes don à la bibliothèque. III. - LA BIBLIOTHÈQUE EN CHIFFRES - 14 500 mètres linéaires de rayonnages en sous-sol ; - 700 000 ouvrages avec un accroissement annuel de 3 500 à 4 000 titres ; - 80 incunables (édités avant le XVIe siècle) ; - 2 000 manuscrits ; - 3 000 périodiques, dont 670 « vivants » ; - 220 quotidiens français (compte tenu des éditions locales) ; - toutes les collections de débats et documents parlementaires depuis 1789 (sur microfiches à partir de 1881). S'y ajoute désormais l'accès à diverses formes de documentation électronique (cédéroms monopostes ou en réseau, accès à Internet et à de nombreuses bases de données juridiques).
IV. - UN OUTIL MODERNE DE RECHERCHE Destinée aux députés, la bibliothèque est également accessible à leurs collaborateurs (dans la limite de trois par député), aux secrétaires de groupes parlementaires ainsi qu’au personnel de l’Assemblée. Y ont également accès les sénateurs et les représentants français au Parlement européen de même que les anciens membres des assemblées parlementaires. Les personnes faisant état d’une recherche nécessitant la consultation d’ouvrages ou de documents qui ne se trouvent pas dans une autre bibliothèque peuvent bénéficier d’une autorisation d’accès les jours où l’Assemblée ne siège pas. Valable pour un mois et renouvelable, elle est délivrée par le secrétaire général de l’Assemblée et de la Présidence sur proposition du directeur de la bibliothèque. Tous les documents indexés depuis 1993 sont répertoriés dans un catalogue informatisé qui est consultable depuis les postes reliés au réseau Intranet mais aussi, grâce à l’Extranet, depuis les circonscriptions des députés. Les ouvrages sont mis à la disposition exclusive des lecteurs qui en font la demande à distance et qui peuvent venir les consulter dans un délai de vingt quatre heures. Sont seuls autorisés à effectuer des emprunts : - les députés ; - les sénateurs et les représentants français au Parlement européen ; - les anciens membres des assemblées parlementaires, de l'Assemblée consultative ou des assemblées constituantes ; - les membres du personnel de l'Assemblée nationale ; - un secrétaire par groupe. Les députés peuvent également donner procuration à l'un de leurs collaborateurs pour emprunter en leur nom et sous leur responsabilité. Le prêt est limité à : - 6 volumes par personne ; - une durée de deux mois. Sont exclus du prêt : - les journaux et revues ; - les livres rares ; - les livres placés en accès direct ; - les livres édités depuis plus de cinquante ans.
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