N° 2473 -- ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958 DOUZIÈME LÉGISLATURE Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 13 juillet 2005. RAPPORT D'INFORMATION DÉPOSÉ en application de l'article 145 du Règlement PAR LA COMMISSION DES FINANCES, DE L'ÉCONOMIE GÉNÉRALE ET DU PLAN sur Les échanges commerciaux entre la Chine et la France ET PRÉSENTÉ PAR MM. Tony Dreyfus et Hervé Novelli, Députés. -- INTRODUCTION 5 I.- LA MONTÉE EN PUISSANCE DE LA CHINE DANS LES ÉCHANGES ÉCONOMIQUES MONDIAUX 7 A.- UNE RÉUSSITE QUI REPOSE À LA FOIS SUR DES FACTEURS INTERNES ET EXTERNES 7 1.- L'essor de l'économie chinoise 7 a) Une croissance forte depuis 25 ans 7 b) Une place prépondérante et croissante dans les échanges mondiaux 8 c) Une stratégie politique d'insertion dans les échanges internationaux 11 2.- Les atouts économiques de la Chine 13 a) Des facteurs de production abondants et peu coûteux 13 b) L'ancrage du yuan au dollar et sa sous-évaluation 14 c) Les débouchés offerts par un marché intérieur en plein développement 15 d) Un fort potentiel technologique 16 e) Des facteurs culturels 19 3.- Le rôle important de l'étranger dans l'économie chinoise 20 a) Une ouverture aux investissements étrangers programmée et maîtrisée par les autorités chinoises 21 b) L'investissement étranger a inséré la Chine dans la division internationale du travail 22 c) Les Chinois investissent à leur tour dans le monde 26 B.- DES FAIBLESSES QUI, SURMONTÉES, PEUVENT DEVENIR DES ATOUTS 28 1.- Une dépendance énergétique croissante 28 a) De l'autosuffisance à la dépendance 28 b) La sécurité énergétique, une priorité 30 2.- La poursuite de la réforme des entreprises d'État, condition essentielle de la modernisation de l'économie 31 a) Une réforme ambitieuse 31 b) Une réforme difficile à mettre en œuvre 33 3.- Un système bancaire et financier qui, assaini, présentera un fort potentiel de développement 34 a) Un système bancaire qui présente un certain nombre de faiblesses intrinsèques 35 b) La nécessité d'une réforme en profondeur 38 c) Le marché bancaire chinois, un gisement d'opportunités 40 4.- Le développement des inégalités et la mise en place d'un système de protection sociale 41 a) L'élévation globale du niveau de vie et le creusement des inégalités 42 b) Une réforme indispensable : la refonte du système de protection sociale 43 II.- LE DÉFI CHINOIS ET LE PÉRIL FRANÇAIS 47 A.- LA CHINE, EXPORTATEUR ET INVESTISSEUR À DESTINATION DE L'UNION EUROPÉENNE ET DE LA FRANCE 48 1.- Une place croissante dans les importations de l'Union européenne et de la France 48 a) La Chine occupe une place croissante dans les importations de l'Union européenne 49 b) La structure comme la dynamique des exportations chinoises vers l'Union européenne sont comparables à celles des exportations chinoises totales 51 c) Une accélération de la croissance des importations françaises en provenance de Chine 53 2.- La Chine, un investisseur de plus en plus présent dans l'Union européenne et en France 54 B.- LA CHINE, UN PARTENAIRE INCONTOURNABLE POUR LA FRANCE 55 1.- Une France en retrait dans les échanges avec la Chine 55 a) Les exportations françaises vers la Chine 55 b) Les investissements français en Chine 63 2.- La Chine, un gisement d'opportunités pour la France 64 a) Des opportunités croissantes... 64 b) ...dont la France doit mieux tirer parti 68 CONCLUSION 73 EXAMEN EN COMMISSION 75 En 1979, Deng Xiaoping popularisait le terme « xiaokang », qui apparaît pour la première fois dans un classique de poésie du sixième siècle avant Jésus-Christ. Ce concept renvoie, selon l'universitaire Lu Shuzeng, à une société idéale qui procure du bien-être à tous ses citoyens. Il s'agit d'une notion poétique à laquelle Deng Xiaoping avait décidé de donner une dimension économique, en fixant comme objectif l'obtention d'un PIB par habitant de 800 dollars avant la fin du XXe siècle. La montée en puissance de la Chine dans l'économie mondiale est l'un des événements majeurs du début du XXIème siècle. Le rythme de croissance (9,4 % par an en moyenne depuis 1980) est inférieur à celui du Japon au moment de son décollage, mais il paraît plus impressionnant du fait de la taille de l'économie chinoise. Avec 1,29 milliard d'habitants, la Chine est de loin le pays le plus peuplé, devant l'Inde (1,05 milliard) et les États-Unis (290 millions). Depuis une vingtaine d'années, et comme d'autres pays asiatiques avant elle, la Chine appuie sa formidable expansion sur son intégration dans les échanges internationaux. L'ouverture de la Chine a débuté en 1979 avec la création de zones économiques spéciales ouvertes aux investissements étrangers ; l'adhésion de la Chine à l'OMC en 2001 marque l'aboutissement de ce processus d'ouverture programmée et maîtrisée par le gouvernement chinois. Le « miracle économique chinois » repose sur des facteurs de réussite internes, mais également sur les investissements étrangers massifs que reçoit le pays. Le pouvoir politique chinois a su les attirer vers certains secteurs, et les canaliser, afin d'en tirer parti sans les laisser s'emparer de secteurs stratégiques. Les investissements étrangers sont déterminants pour le développement des échanges commerciaux. L'importance croissante du commerce extérieur chinois bouleverse certains marchés mondiaux, ce qui inquiète les pays industrialisés, qui perçoivent la Chine comme une menace. C'est notamment le cas de la France. L'afflux des produits chinois sur le marché de l'habillement, depuis la levée des quotas le 1er janvier 2005, a provoqué un véritable affolement. Mais l'inquiétude créée par la percée chinoise sur le marché de l'habillement vient surtout de ce qu'elle paraît annoncer l'arrivée de produits chinois dans d'autres secteurs. Par ailleurs, la France s'inscrit en retrait dans les échanges avec la Chine, qu'il s'agisse des exportations ou des investissements dans le pays. En effet, la part de marché de la France ne cesse de se dégrader depuis 1997, pour atteindre 1,35 % en 2004. La France est ainsi le quinzième fournisseur du pays, loin derrière l'Allemagne, dont la part de marché s'élève à 5,4 %. En matière d'investissements, la France se situe au dixième rang des investisseurs étrangers, avec 1,2 % du stock des investissements accueillis par la Chine. La réussite économique de la Chine, parfois perçue comme un « péril jaune », constitue ainsi un miroir qui nous renvoie à nos propres faiblesses. Les relations commerciales de la France avec la Chine illustrent en effet ce que l'on pourrait appeler le « péril français », que la comparaison avec les bons résultats allemands en matière d'exportations, notamment à destination de la Chine, met en exergue. Les résultats décevants des entreprises françaises s'expliquent notamment par une spécialisation de notre économie qui ne répond pas parfaitement aux besoins actuels de la Chine, par un tissu économique caractérisé par un nombre insuffisant de moyennes entreprises capables de conquérir des marchés réputés difficiles, par une certaine réticence des PME françaises à exporter vers des marchés lointains où la différence culturelle peut être grande et par une tradition commerciale française davantage tournée vers l'Afrique que l'Asie. Compte tenu du potentiel de développement considérable que représente la Chine, l'ensemble des acteurs du commerce extérieur doivent se mobiliser. Les atouts des entreprises françaises en Chine apparaissent en effet de plus en plus évidents. D'une part, l'énergie, les transports et la protection de l'environnement, qui sont des domaines dans lesquels la France dispose d'un grand savoir-faire, deviennent des priorités pour les autorités chinoises. D'autre part, la conjugaison de l'élévation du niveau de vie des habitants, de l'émergence d'une classe aisée et de l'ouverture progressive du secteur tertiaire aux capitaux étrangers, va avoir pour conséquence une évolution de la demande chinoise en faveur des biens de consommation et des services, secteurs dans lesquels la France s'est spécialisée. Ainsi, plus qu'une menace, la Chine constitue un véritable gisement d'opportunités pour la France. Notre pays a d'autant plus d'intérêt à développer les échanges avec la Chine que les exportations constituent une source majeure de croissance et d'emplois : un milliard d'euros d'exportations supplémentaires créeraient ainsi 15.000 emplois en France. Par conséquent, il s'agit, plutôt que d'adopter une attitude défensive de protectionnisme commercial et de lutte contre les délocalisations, de se donner les moyens de tirer pleinement parti du développement du marché chinois. I.- LA MONTÉE EN PUISSANCE DE LA CHINE DANS LES ÉCHANGES ÉCONOMIQUES MONDIAUX Depuis la mise en œuvre des réformes, l'économie chinoise connaît une croissance extrêmement rapide, accompagnée d'une intégration poussée dans l'économie mondiale, où elle joue de plus en plus le rôle d'atelier du monde. Les facteurs de cette réussite résident principalement dans la culture chinoise, l'abondance d'une main-d'œuvre bon marché et la stabilité et la sous-évaluation du yuan. Cependant, les spectaculaires résultats économiques de la Chine s'accompagnent d'un certain nombre de déséquilibres : dépendance énergétique croissante, secteur public prépondérant et peu performant, système bancaire à moderniser et inégalités persistantes. Conscientes de ces faiblesses, les autorités chinoises mènent des réformes en profondeur, qui devraient permettre de surmonter ces handicaps. A.- UNE RÉUSSITE QUI REPOSE À LA FOIS SUR DES FACTEURS INTERNES ET EXTERNES Depuis 25 ans, la Chine connaît une croissance annuelle moyenne de 9,4 % de son PIB. L'essor de l'économie chinoise repose avant tout sur l'ouverture de son marché, amorcée en 1978. L'adhésion de la Chine à l'OMC en 2001 a consacré ce processus. Aujourd'hui, la Chine présente une économie très ouverte : son commerce extérieur représente environ 40 % de son PIB. Cette réussite tient à la fois à des facteurs, propres à la Chine, et à l'intervention de l'étranger, qui joue un rôle important dans l'économie chinoise, à travers les investissements directs qu'il y réalise. 1.- L'essor de l'économie chinoise La croissance rapide et continue que connaît la Chine depuis 25 ans repose sur une ouverture croissante aux échanges extérieurs, elle-même planifiée et maîtrisée par le pouvoir politique chinois. a) Une croissance forte depuis 25 ans Depuis un quart de siècle, la Chine (1) connaît une formidable expansion économique. 25 ans après l'engagement du processus de réforme, les résultats économiques chinois ont dépassé toutes les espérances : le PIB a été multiplié par neuf à prix constants, le revenu réel des ménages a quintuplé, et le commerce extérieur a été multiplié par dix. L'économie chinoise a enregistré une croissance moyenne de 10 % en 1990 et 2001, ce qui représente le taux moyen le plus important au monde durant cette période. Entre 2001 et 2003, la croissance est restée encore très soutenue. Le PIB a cru de 9,5 % en 2004, taux le plus élevé depuis 1996, alors que l'inflation reste modérée (+3,9 % en 2004). À son rythme actuel, le PIB chinois double en moins de dix ans, quand il faut 35 à 40 ans à l'Union européenne pour atteindre le même résultat. En 2004, le PIB s'est élevé à 1.590 milliards de dollars, ce qui confère à la Chine la 7ème place mondiale. En parité de pouvoirs d'achat (PPA), la Chine se place même en deuxième position, avec un PIB de 6.425 milliards de dollars, derrière les États-Unis et devant l'ensemble de la zone euro. Le revenu par habitant a également connu une croissance spectaculaire. De moins de 600 dollars en 1995, il a franchi la barre des 1.000 dollars en 2003 et devrait approcher les 1.400 dollars par habitant en 2005. Si, avec un tel revenu, la Chine n'atteint que la 100ème place mondiale (la Banque mondiale la classe la parmi les « pays à revenu intermédiaire inférieur »), il reste que près de 400 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté en vingt ans. Quatrième industrie après les États-Unis, l'Allemagne et le Japon, la Chine a généré en 2000 plus de 7 % de la valeur ajoutée manufacturière mondiale. Elle est le premier producteur de téléviseurs, de jouets, de chaussures et d'appareils électroménagers. Elle est le troisième producteur dans l'automobile et l'informatique. La croissance de la Chine est indissociable de son insertion dans les échanges mondiaux. b) Une place prépondérante et croissante dans les échanges mondiaux La progression des échanges extérieurs chinois a été rapide dès les années 80, et s'est accélérée dans la décennie suivante. De 1990 à 2003, le commerce de la Chine a progressé trois fois plus vite que le commerce international ; ses exportations comme ses importations ont augmenté au rythme annuel de 15 % par an, avec une nette accélération depuis 2000, alors que les échanges mondiaux augmentaient de 5,5 % par an. Au cours de cette période, la Chine a plus que doublé son poids dans le commerce international, où elle compte actuellement pour environ 5,5 %, comme le montre le graphique suivant. LE POIDS DE LA CHINE DANS LE COMMERCE MONDIAL (en pourcentage par rapport aux échanges mondiaux) ![]() Source : CEPII. Ces dernières années, la croissance du commerce extérieur chinois s'est encore accélérée : +37 % en 2002, +39 % en 2003 et +35,7 % en 2004. Après avoir dépassé la Grande-Bretagne en 2002 puis la France en 2003, la Chine est aujourd'hui le quatrième exportateur mondial derrière les États-Unis, l'Allemagne, et le Japon. Les exportations atteignent 593 milliards de dollars en 2004. L'expansion des exportations chinoises repose sur les produits manufacturés : avec une croissance de 20 % par an, ils constituent actuellement 93 % des exportations totales, contre 75 % en 1990. Corrélativement, la part des produits agricoles, alimentaires et des matières premières s'est réduite. Au cours des années 80, la Chine a percé sur les marchés mondiaux grâce à ses industries traditionnelles, le textile-habillement, les jouets et autres articles manufacturés. Au cours des dix dernières années, elle a continué son ascension commerciale grâce à une rapide diversification de ses exportations manufacturières. Si les exportations chinoises ont progressé dans tous les secteurs, cette progression a été particulièrement vive dans le secteur du matériel électrique et de l'électronique. Le textile-habillement a enregistré un relatif recul, passant de 38 % à 24 % des exportations totales entre 1993 et 2002. En 2002, les machines et équipements constituent le premier poste d'exportation de la Chine, avec 38,5 %, dont 20 % pour les machines et 15,6 % pour les équipements électriques. ÉVOLUTION DES EXPORTATIONS DE LA CHINE
La Chine demeure néanmoins le premier exportateur mondial d'habillement avec une part du marché mondial qui dépasse 20 %, et le deuxième exportateur de textiles, derrière l'Union européenne. Ses parts de marché devraient encore s'élargir avec l'élimination, en janvier 2005, des quotas qui régissent les importations de textiles des États-Unis et de l'Union européenne. Le graphique ci-dessous montre la conquête par la Chine des marchés mondiaux entre 1990 et 2002. L'ENVOLÉE DES EXPORTATIONS CHINOISES : PARTS DE MARCHÉ EN 1990 ET 2002 (% des exportations mondiales) ![]() Source : CEPII. La Chine est également un très grand importateur : elle est passée du sixième au troisième rang des importateurs de biens entre 2000 et 2004. En 2004, ses importations ont augmenté de 36 %, atteignant 561 milliards de dollars. La croissance rapide des importations s'explique d'une part, par l'importance des importations de composants et pièces destinés à être assemblés pour être réexportés, et d'autre part par les besoins très importants de la Chine en énergie et matières premières (elle est le deuxième importateur mondial de pétrole, et consomme entre un quart et un tiers de la production mondiale d'aluminium, d'acier, de fer et de cuivre). Le solde commercial s'élève à 32 milliards de dollars, soit 7 milliards de plus qu'en 2003, et reste modéré puisqu'il représente moins de 2 % du PIB. c) Une stratégie politique d'insertion dans les échanges internationaux C'est à la suite de réformes progressives mais radicales, entamées à la fin des années 70, que s'est opérée l'intégration de la Chine dans l'économie mondiale. En 1978, Deng Xiaoping entame le processus de transformation de l'économie planifiée en économie de marché en faisant adopter le principe de l'« économie sociale de marché ». La réforme du secteur d'État est lancée. En 1979, quatre zones économiques spéciales (ZES) sont ouvertes aux investissements étrangers. Les premières entreprises mixtes (joint-ventures) sont créées. Entre 1979 et 1984, la Chine entreprend la décollectivisation des terres et l'ouverture au commerce international. Suivront la réintroduction des règles du marché, ainsi que la libéralisation des prix. L'augmentation des prix agricoles a permis d'améliorer les conditions de vie des paysans et les a incités à augmenter leur production. L'augmentation de la productivité a conduit à dégager un surplus de main-d'œuvre qui a favorisé l'émergence dans les campagnes d'un tissu de petites et moyennes entreprises privées. En 1992, Deng Xiaoping lance aux masses le mot d'ordre « enrichissez-vous ! » repris à François Guizot. Une loi sur les entreprises permettant la normalisation du système des capitaux conjoints est adoptée en 1993. La réforme du secteur d'État continue. 6 millions de salariés des entreprises d'État sont licenciés au cours de 5 premiers mois de l'année 2000. L'adhésion à l'OMC en 2001 ne marque pas une rupture mais un approfondissement et une accélération de la libéralisation de l'économie impulsée depuis les années 80. Pour le gouvernement chinois, elle est à la fois un moyen d'entretenir la croissance et un moyen de réformer l'économie, notamment le secteur agricole et les entreprises d'État. En adhérant à l'OMC, la Chine s'est engagée en contrepartie à ouvrir son marché. Ces engagements sont en général progressifs, sur plusieurs années, afin de ne pas ouvrir le pays brutalement. Ils sont très importants, car ils couvrent à peu près tous les domaines. La Chine a plutôt bien respecté ses engagements. Les baisses tarifaires sont généralement étalées sur cinq ans. Un effort considérable d'adaptation des textes a été réalisé. Les autorités font état de plus de 2.500 textes nouveaux ou amendés. Par exemple, la Chine a dû se doter d'une législation complète sur la propriété industrielle. Enfin, de nets progrès sont à noter en matière de transparence. Ainsi, un journal officiel a été créé pour la publication des nouveaux textes. Toutefois, l'effort de transparence reste inégal, certains textes n'étant pas publiés, ou avec retard. Toutefois, si la Chine respecte ses engagements, ce n'est pas toujours d'une manière conforme à leur esprit. Elle adopte dans certains secteurs des législations applicables à tous, entreprises chinoises et étrangères, qui respectent formellement le principe de non-discrimination mais qui, en pratique, peuvent pénaliser les investissements étrangers. On observe également une augmentation des obstacles non tarifaires, notamment les normes sanitaires et phytosanitaires. Par ailleurs, le pays manque de magistrats formés pour faire appliquer les nouvelles réglementations, notamment en matière de propriété industrielle. Au-delà du respect des engagements pris lors de l'adhésion, la Chine entend jouer pleinement son rôle de membre de l'OMC. Elle fait partie, depuis l'échec de la conférence ministérielle de Cancun, du groupe de pays en voie d'industrialisation appelé G20, qui comprend notamment l'Inde, le Brésil, l'Égypte et l'Afrique du sud. Elle a, au sein de ce groupe, un rôle actif. La Chine veut être un acteur responsable à l'OMC, qui ne cherche pas à décrédibiliser l'institution, convaincue que la libéralisation demeure la meilleure solution pour maintenir sa croissance économique. Toutefois, elle reste un partenaire exigeant, avec deux priorités : l'élimination des subventions, notamment à l'exportation, pour les produits agricoles des pays développés, et le traitement différencié des nouveaux entrants à l'OMC. La Chine souhaite également renforcer ses relations commerciales avec les pays de l'ASEAN (2). Ainsi, à Phnom Penh en novembre 2002, elle a signé avec ses membres un accord cadre visant à établir d'ici 2010 une zone de libre-échange entre la Chine et les pays de l'Asean. L'insertion de la Chine dans le commerce mondial, et sa fulgurante expansion commerciale, sont bien le fruit d'une stratégie politique de long terme. La Chine suit le chemin parcouru par le Japon 30 ans plus tôt (de 1953 à 1973, le Japon a fait passer sa part des exportations mondiales de 1,5 % à 6,6 %). Cependant, la Chine réalise cette ascension commerciale à une étape beaucoup plus précoce de son développement économique. Au début des années 60, le Japon était déjà un pays industrialisé, avec un PIB par tête supérieur à la moyenne mondiale. On peut donc s'attendre à ce que les bas coûts du travail constituent encore longtemps la principale source d'avantage comparatif de la Chine. 2.- Les atouts économiques de la Chine Vos Rapporteurs ont relevé au moins cinq facteurs internes essentiels à la réussite chinoise présente et future : - des facteurs de production abondants et peu coûteux ; - un grand marché ; - une monnaie stable et sous-évaluée ; - un fort potentiel technologique ; - des traits culturels favorables à la réussite économique. a) Des facteurs de production abondants et peu coûteux · La Chine dispose d'une masse de capitaux très importante pour financer ses investissements. La formation brute de capital fixe a progressé de 20 % en 2004 et a atteint 46,6 % du PIB, soit 741 milliards de dollars, ce qui est énorme. La Chine peut en effet s'appuyer sur un des taux d'épargne les plus élevés au monde (plus de 45 % du PIB), ainsi que sur l'afflux de capitaux étrangers (61 milliards de dollars en 2004). · Elle dispose également d'une main-d'œuvre très bon marché. Les campagnes constituent un réservoir de main-d'œuvre prête à migrer vers les villes pour occuper des emplois à faible qualification, qui permet d'expliquer que la Chine ait pu sans cesse produire davantage de biens manufacturés, sans que cela renchérisse véritablement ses coûts. Le coût du travail varie beaucoup d'une région à l'autre. À Shanghai, un ouvrier perçoit au maximum 250 dollars par mois. À Pékin, un ouvrier touche au maximum 178 dollars. Un ingénieur gagne au maximum 661 dollars par mois à Shanghai, contre seulement 268 dollars à Pékin. De surcroît, les disparités s'accroissent entre les villes côtières et les régions centrales, la rémunération variant du simple au triple à qualifications égales. Le salaire minimal est fixé par localité : il est de 56 dollars à Pékin (en juillet 2002), de 64 dollars à Shanghai, de 39 dollars à Chongqing. Les taux de progression des salaires varient selon les endroits. Ils se situent entre 6 et 8,5 % en 2004. Avec un taux d'inflation très bas, la progression des salaires réels reste beaucoup plus forte que dans les autres pays d'Asie. Ces statistiques moyennes dissimulent une situation contrastée : alors que les salaires des ouvriers non qualifiés tendent à stagner, ils croissent rapidement pour les catégories qualifiées. Globalement, les salaires augmentent rapidement, mais cette augmentation semble correspondre à la hausse de la productivité moyenne du travail. Dans l'industrie, la valeur ajoutée par travailleur a quasiment doublé entre 1995 et 2001, passant de 29.000 à 52.000 yuan par an. Cela s'explique à la fois par la fermeture des unités non compétitives, le développement de nouvelles entreprises orientées par les lois du marché, et la généralisation progressive de la concurrence à tous les secteurs et à toutes les entreprises (le régime de change est resté rigoureusement inchangé sur cette période et n'a donc pu jouer aucun rôle). Enfin, la protection sociale représente une charge importante. Les parts employeurs et salariés varient selon les villes. Les taux sont les plus élevés à Shanghai, où les cotisations employeur sont de 43,5 % du salaire et les cotisations salariés de 17 %. À Dalian, la part employeur est de 22 % et la part salarié de 9 %. À Shenzhen, ces parts ne représentent respectivement que 8 et 5 % des salaires. Cependant, le coût du travail n'est qu'un des nombreux facteurs qui expliquent l'attractivité de la main-d'œuvre chinoise pour les investisseurs étrangers. La qualité du système de formation du pays, le goût pour le travail et la réussite matérielle, la productivité horaire de la main-d'œuvre et, à plus long terme, la qualité du capital humain, sont des paramètres tout aussi déterminants. b) L'ancrage du yuan au dollar et sa sous-évaluation L'ancrage nominal du yuan au dollar constitue depuis 1994 l'un des facteurs de la réussite économique de la Chine. Du point de vue des échanges extérieurs, l'ancrage au dollar est un facteur de stabilité, offrant aux entreprises chinoises comme aux investisseurs étrangers une référence stable permettant de développer les échanges. Ainsi, le taux de change a été maintenu pendant la crise asiatique déclenchée en 1997. La question de la sous-évaluation du yuan est d'ailleurs récente, puisqu'entre 1998 et 2002, c'est plutôt la question de sa surévaluation qui était posée. Le régime de change fixe est également un facteur de stabilité interne. Depuis son instauration en 1994, la croissance chinoise est moins heurtée, l'inflation mieux maîtrisée et la balance commerciale raisonnablement excédentaire. Alors que la croissance économique chinoise a été multipliée par deux au cours des 6 dernières années, le taux de change du yuan n'a pas bougé depuis 1994, où il a été fixé à 8,277 yuan pour un dollar. Le dollar se dépréciant depuis 2002, les niveaux de change effectif du yuan sont au plus bas depuis 8 ans - mais ils restent supérieurs à ceux atteints après la dévaluation de 1994. La sous-évaluation du yuan accroît d'autant la compétitivité des produits chinois sur les marchés internationaux, via deux mécanismes : les exportations sont favorisées par une monnaie bon marché, et les coûts de production, en particulier de la main-d'œuvre, sont réduits, ce qui favorise la localisation d'activités dans le pays. Si tous les analystes s'accordent pour dire que le yuan est sous-évalué, l'estimation de cette sous-évaluation varie, de 10 à 50 % selon les études. La sous-évaluation s'explique principalement par deux phénomènes : le dynamisme des exportations chinoises et l'accumulation des réserves de change. Cette dernière est due à l'importance des investissements directs étrangers ainsi qu'aux entrées de capitaux d'origine non identifiée (hot money). Avec un total de 610 milliards de dollars annoncé fin 2004, la Chine a connu une augmentation record de ses réserves, +51 % en un an, soit 206 milliards de dollars. Ce rythme se poursuit en 2005, puisque la Banque centrale a encore augmenté ses réserves de 50 milliards de dollars au premier semestre 2005. En effet, la banque centrale doit acheter d'importantes quantités de dollars pour maintenir le yuan stable. Le FMI a mis en garde contre les risques que comporte cet excès de réserves : selon le fonds, ceci est de nature à favoriser la volatilité du marché des changes, car l'excès de réserves met en évidence la sous-évaluation de la monnaie, ce qui attire les spéculateurs. Par rapport au PNB, la masse monétaire a atteint 180 %, ce qui est énorme. La sous-évaluation du yuan est dénoncée par les Américains, qui ont un déficit commercial avec la Chine très important (162 milliards de dollars en 2004). Cependant, il n'est pas certain que cette réévaluation aurait un impact sur le déficit commercial des États-Unis. En outre, elle comporte des risques, notamment pour les États-Unis. En effet, la nette décrue des taux à long terme américains est partiellement due au taux de change fixe chinois. La Chine détient une part non négligeable des obligations d'État américaines : elle est, après le Royaume-Uni, le deuxième détenteur étranger de treasuries. Le mécanisme du taux de change fixe implique en effet que la banque centrale chinoise accumule des devises en dollars. Si tel n'était plus le cas, les États-Unis risqueraient de perdre une importante source de financement de leur économie. c) Les débouchés offerts par un marché intérieur en plein développement La Chine n'est pas seulement un producteur. Elle devient aussi de plus en plus un marché. Du fait à la fois de ses besoins internes et de son rôle d'atelier du monde, la Chine occupe désormais une place importante dans la demande mondiale d'un certain nombre de produits : matières premières (minerais de fer et minerais non-ferreux, produits agricoles non-comestibles) ; produits semi-finis (fils et tissus, produits sidérurgiques, plastiques) ; machines ; composants électroniques, appareils d'optique, etc. ESSOR DES IMPORTATIONS CHINOISES : en pourcentage ![]() Sélection des 12 produits où la Chine réalise plus de 6 % des importations mondiales en 2002. Source : CEPII. Toutefois, la consommation privée ne représente que 40 % du PIB en 2003, ce qui est extrêmement faible. Cela s'explique notamment par la très lente progression des revenus des populations rurales, et par la montée du chômage en milieu urbain, qui a provoqué une épargne de précaution. Mais depuis 1997, les importations de la Chine destinées à son marché intérieur ont cru beaucoup plus vite que les importations destinées à l'assemblage pour la réexportation, en raison de la baisse des tarifs douaniers et de la réduction des autres obstacles à l'importation. Ces importations dites ordinaires représentent 44 % des importations totales depuis 2002, alors qu'elles n'en représentaient que 27 % en 1997. Elles se composent principalement de machines (17 %), de produits chimiques (17 %), de matières premières et de combustibles (16,8 %) et de matériel électrique (15,6 %). d) Un fort potentiel technologique La force de l'industrie chinoise ne réside pas uniquement dans le faible coût de sa main-d'œuvre. La Chine, qui est déjà l'« usine du monde », pourrait en devenir le laboratoire. Pour l'instant, la Chine n'occupe pas une place de premier plan dans les hautes technologies. Certes, elle exporte de façon croissante des biens de haute technologie (essentiellement des téléviseurs, des équipements de communication et du matériel informatique) - ces exportations sont passées de 9 à 64 milliards de dollars entre 1997 et 2001. Cependant, l'industrie chinoise ne réalise pour l'instant que l'assemblage de composants électroniques importés. En revanche, si l'on s'intéresse aux déterminants de long terme de la capacité technologique - le capital humain et les dépenses de recherche -, le potentiel de la Chine est immense. EXPORTATIONS DE BIENS DE HAUTE TECHNOLOGIE (en milliards de dollars) ![]() · La progression de la formation universitaire Seuls 5 % des 25-64 ans disposent en Chine d'un niveau d'éducation supérieur. C'est un taux très faible comparé aux pays développés, mais, étant donné le poids démographique de la Chine, cela représente tout de même une population de 31 millions de personnes. En outre, cette population augmente très vite, car les flux entrants sont très importants. En effet, l'accès à l'éducation s'élargit rapidement : les autorités s'étaient fixées pour objectif de faire passer le taux de scolarisation des 18-22 ans de 10,5 à 15 % entre 1999 et 2010 et cet objectif a été atteint dès 2002 ! En 2001, la Chine comptait 1,2 million d'étudiants dans les cycles supérieurs, soit un peu moins que les États-Unis et l'Union européenne (1,3 million chacun), mais en flux, on y comptait 500.000 nouvelles inscriptions, soit autant que les États Unis et l'Union européenne réunis. ÉTUDIANTS DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR EN 2001 (en millions) ![]() Plus de 300.000 ingénieurs sont formés en Chine chaque année. Le nombre d'inscrits dans les troisièmes cycles demeure très en retrait, avec seulement 0,7 % du total des étudiants (soit 86.000 personnes en 2001), contre 2,8 % pour l'UE et 2,2 % pour les États-Unis. Ce déficit est en partie compensé par le développement rapide des études à l'étranger. Ainsi, sur les 10.000 non-résidents qui reçoivent chaque année un doctorat américain en science ou en engineering, un quart sont chinois (alors que seulement 11 % des étudiants étrangers sont chinois). · Le potentiel de recherche et développement L'industrie chinoise a longtemps préféré s'appuyer sur les importations de technologies, lesquelles sont non seulement plus coûteuses (la Chine a payé 35 milliards de dollars de royalties et licences en 2003) mais sont limitées aux secteurs largement ouverts aux étrangers. La Chine s'impose par la masse de ses chercheurs : après une relative stagnation tout au long de la décennie 90, le nombre de chercheurs a ainsi fortement augmenté, passant de 531.000 à 810.000 entre 1999 et 2002, soit désormais plus qu'au Japon. C'est notamment le résultat de l'effort national dévolu à la recherche par le Xème Plan (2001-2005). Les dépenses nationales de recherche sont également restées stables autour de 0,7 % du PIB entre 1991 et 1998 ; elles ont augmenté à 1,3 % en 2002, et atteindront vraisemblablement l'objectif officiel de 1,5 % du PIB assigné pour 2005. Cela reste bien inférieur aux États-Unis (2,7 %) et au Japon (3,1 %). En montant, l'écart est encore plus important puisque les dépenses de recherche de la Chine s'élevaient en 2001 à 16 milliards de dollars, contre 270 milliards de dollars aux États-Unis. Cependant le coût de la recherche étant bien plus faible en Chine ; calculées à parité du pouvoir d'achat, les dépenses de recherche de la Chine équivalaient à 72 milliards de dollars en 2001, soit au 4ème rang mondial derrière les États-Unis, l'Union européenne et le Japon, mais devant chacun des pays européens pris individuellement. DÉPENSES DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT (en milliards de dollars à PPA) ![]() Il n'en demeure pas moins qu'en matière de capacité technologique, la Chine se distingue pour l'instant bien plus par son potentiel que par ses réalisations. 90 % des brevets détenus auprès des offices européen et américain (EPO et USPTO) appartiennent aux États-Unis, à l'Union européenne et au Japon, contre seulement 0,2 à 0,3 % pour la Chine. En outre, une part non négligeable de la recherche chinoise relève d'entreprises étrangères, lesquelles détiennent ou co-détiennent 50 % des brevets déposés à l'EPO pour des découvertes réalisées en Chine. Vos Rapporteurs sont convaincus que la culture chinoise est un facteur important de la réussite économique du pays. Depuis la fin du XIXème siècle, la Chine cultive une volonté de revanche sur l'histoire. La guerre de l'opium, les traités inégaux et la mise en place des concessions qui ont suivi constituent un traumatisme pour la Chine vaincue par une autre culture, qui a développé une puissance plus grande que la sienne. La Chine découvre dans l'Occident une civilisation guidée par la notion de progrès, où dominent science et technique. Tout au long du XXème siècle, le grand slogan chinois est de « rattraper et dépasser » le modèle occidental. Pour cela, la Chine emprunte à l'Occident, en pratiquant la planification notamment. La réussite chinoise repose sur une véritable stratégie. La gigantesque modernisation qu'a entreprise la Chine en 1978 a été planifiée. Deng Xiaoping le disait ainsi : « La modernisation de la Chine est une entreprise de longue haleine, pour la mener à bonne fin, il faut une stratégie ». C'est ainsi que l'ouverture de la Chine sur le monde s'est faite de manière planifiée (3). Le système éducatif, qui a longtemps constitué une des forces de la Chine, est également concerné par la planification. Refaire de la population chinoise une des plus cultivées et une des mieux formées du monde est un des objectifs de la politique menée depuis 1978. Les dépenses d'éducation et de santé, qui représentaient 10 % du PIB en 1978, ont atteint 20 % en 1990 et 25 % aujourd'hui. En 1979, Deng Xiaoping avait assigné comme objectif à la Chine l'obtention d'un PIB par habitant de 800 dollars avant la fin du XXème siècle, objectif atteint. Dans la culture confucianiste, le maintien de l'ordre et de l'unité est un impératif. Cela implique le respect de la hiérarchie, de la famille en sens élargi, la culture du collectif, le goût du secret et de la discrétion. Cela explique aussi que les réseaux, fondés sur la solidarité et la confiance mutuelle, aient une telle importance en Chine. Par exemple, les prêts communautaires (comme la « tontine ») permettent de lever des capitaux importants en quelques heures pour l'achat d'une maison ou d'une boutique. Ces principes fondamentaux traditionnels restent les mêmes pour les entreprises publiques comme pour les entreprises privées. Très souvent, les entreprises constituent des « familles » au sens large. Ainsi, appuyés par des réseaux claniques, familiaux, amicaux dans le monde entier pour importer ou exporter, aidés par des prêts d'argent importants, très rapides, aux formalités succinctes, les Chinois qui sont patients et pragmatiques ne peuvent que réussir. Les Chinois appréhendent l'ordre du monde en terme de processus de transformation (4), et non de progrès linéaire. À la différence de la civilisation judéo-chrétienne, la civilisation chinoise ne connaît pas de notion d'aboutissement. Les Chinois ne pensent pas en termes de moyens et de fins, mais analysent les « potentiels de situation », l'efficacité consistant à capter ce qui est favorable pour en profiter. Alors qu'en Europe, l'histoire avance plutôt à coup d'événements, en Chine, on est beaucoup plus attentif aux transformations silencieuses. Ainsi, la Chine a su tirer parti de la mondialisation. L'ascendant de la Chine va croissant sur les affaires du monde, sans qu'il y ait eu d'événement particulier. 3.- Le rôle important de l'étranger dans l'économie chinoise On ne peut véritablement comprendre le développement spectaculaire du commerce extérieur chinois sans s'intéresser au rôle central des entreprises étrangères. En 2004, la Chine a reçu 60,6 milliards de dollars d'investissements directs étrangers (IDE), soit 20 % de plus que l'année précédente, ce qui la place au deuxième rang mondial des destinations d'investissement. Le stock d'IDE accueilli s'élève à environ 550 milliards de dollars. L'investissement étranger a été déterminant dans la réussite du processus d'ouverture sur le monde extérieur engagé en 1978. Les IDE sont apparus de manière significative au milieu des années 80, avant de décoller à partir de 1993 (plus de 40 milliards de dollars par an entre 1996 et 2000, soit la moitié des IDE reçus par l'Asie de l'Est) puis d'atteindre les tout premiers rangs mondiaux. Ces capitaux sont très concentrés dans l'industrie manufacturière exportatrice (les deux tiers des capitaux ont été investis dans l'industrie manufacturière, car le secteur des services était en grande partie fermé aux investisseurs étrangers jusqu'à l'entrée de la Chine à l'OMC). La part des entreprises à capitaux étrangers (principalement asiatiques) dans les exportations chinoises continue à augmenter : de 20 % en 1992, elle équivaudrait aujourd'hui à 57 %. Les investisseurs étrangers, en Chine comme ailleurs, ont obéi à deux grands mobiles : gagner en compétitivité sur les marchés internationaux en réduisant les coûts de production, et pénétrer le marché local. S'il est impossible de distinguer dans les flux d'IDE ceux qui sont allés à des activités exportatrices et ceux qui ont visé le marché local, il est clair que les entreprises à capitaux étrangers ont eu un rôle déterminant dans la progression des échanges extérieurs chinois. Les autorités chinoises ont su attirer et canaliser les investissements étrangers dans les industries exportatrices, dans les secteurs de haute technologie et dans les industries où leur production venait en substitution des importations (typiquement, l'industrie automobile). La Chine n'est pas uniquement destinataire d'IDE. Si elle est pour l'instant avant tout une puissance commerciale, elle s'affirme néanmoins de façon croissante comme un investisseur sur la scène économique mondiale. a) Une ouverture aux investissements étrangers programmée et maîtrisée par les autorités chinoises L'État chinois poursuit une véritable stratégie nationale de promotion des IDE. L'ouverture de la Chine aux IDE a suivi une progression savamment maîtrisée par les autorités chinoises, permettant l'injection de savoir-faire et de capitaux dans une économie en transition et sans laisser les étrangers s'emparer de secteurs importants. L'adhésion de la Chine à l'OMC a entraîné une accélération sensible du mouvement, les étrangers accédant progressivement à de nouvelles formes d'implantation et à des secteurs qui leur étaient fermés. La libéralisation de la réglementation chinoise a considérablement élargi les possibilités pour les investisseurs étrangers de détenir 100 % du capital de leurs filiales en Chine, à l'exception de certains secteurs. Le cadre général de stimulation de l'IDE repose sur des avantages fiscaux et douaniers : les entreprises étrangères sont totalement puis partiellement exonérées d'impôt sur le revenu, certains équipements importés sont exonérés de droits de douanes, l'achat d'équipements locaux ouvre droit à un crédit d'impôt, etc. D'autres types de mesures s'y ajoutent, parmi lesquelles des facilités d'approvisionnement en devises ou encore un accès privilégié aux infrastructures locales. Les avantages accordés spécifiquement aux investisseurs étrangers finiront par être supprimés, en vertu du principe de non-discrimination. D'autres systèmes visent à orienter l'investissement dans des secteurs de technologie avancée : le régime des centres de recherche et de développement, la super-déduction des dépenses de recherche, une réduction du taux de TVA et des possibilités d'amortissement fiscal accéléré dans les secteurs des logiciels et des circuits intégrés. Pourtant, la Chine n'a pas besoin d'IDE pour financer sa croissance, ni pour équilibrer une balance des paiements excédentaire. Paradoxalement, l'investissement étranger occupe en volume une place plutôt modeste au sein de l'économie chinoise. Les flux d'IDE n'ont jamais dépassé 14 % de l'investissement total en capital fixe (moins qu'en France) et à peine 3,5 % du montant total des financements levés chaque année. En effet, le taux d'épargne chinois étant l'un des plus élevés au monde (plus de 45 % du PIB), les financements internes suffisent à faire face aux investissements domestiques, même très élevés (les investissements représentent près de 50 % du PIB). Si les autorités les privilégient de manière croissante, c'est en raison des gains de productivité et de l'insertion commerciale internationale qu'ils permettent. Parallèlement, elles veillent toutefois à conserver la maîtrise du développement et le contrôle de secteurs considérés comme stratégiques. De nombreux travaux reconnaissent que les IDE ont accéléré le développement technologique de la production chinoise. Ce point est d'ailleurs commun à l'ensemble des pays émergents, pour lesquels les principaux bénéfices attendus des IDE tiennent avant tout à des transferts de savoir-faire et de technologie, directement et indirectement par effet d'apprentissage sur les entreprises concurrentes. Dans le cas de la Chine, la meilleure productivité des entreprises à capitaux étrangers est certaine. b) L'investissement étranger a inséré la Chine dans la division internationale du travail Les entreprises à capitaux étrangers implantées en Chine continentale sont responsables des deux tiers de l'accroissement des échanges extérieurs de la Chine entre 1992 et 2003. Elles réalisent, en stock, plus de la moitié du commerce extérieur de la Chine, comme le montre le tableau suivant.
La participation des filiales étrangères aux échanges extérieurs chinois repose avant tout sur leurs opérations d'assemblage et de transformation de produits intermédiaires et composants importés. Les entreprises à capitaux étrangers, et avant tout celles des pays asiatiques (Japon, Taiwan, Hong Kong, Corée du sud), ont ainsi largement contribué à faire de la Chine l'atelier du monde. L'idée de délocalisation massive des industries occidentales en Chine est totalement fausse. Les délocalisations touchent aujourd'hui surtout les entreprises asiatiques. Dans les secteurs à forte utilisation de main-d'œuvre, les délocalisations venant de pays occidentaux existent, mais l'implantation des entreprises françaises en Chine reste pour le moment largement dominée par une stratégie de présence sur le marché chinois. Quoi qu'il en soit, les 600 entreprises françaises présentes en Chine (soit plus de 1.000 implantations et 150.000 employés) ne placent ce pays qu'au 26ème rang de nos cibles d'investissements. Les entreprises des pays industrialisés asiatiques délocalisent en Chine les stades de production à forte intensité de travail, car la Chine offre de très bas coûts salariaux. La Chine est devenue l'atelier le plus compétitif d'Asie, important des produits semi-finis et des composants et réexportant les produits finis. L'assemblage et la sous-traitance concourent à près de la moitié des exportations chinoises en 2002-2003. Ils sont responsables de la plus grande partie des exportations chinoises dans les secteurs les plus dynamiques et assurent les trois-quarts des exportations de matériel électrique, de machines et d'instruments de précision. La Chine s'est positionnée sur les secteurs les plus porteurs de la demande. Le commerce mondial de produits électriques et de produits électroniques a en effet augmenté beaucoup plus rapidement (respectivement de 7 % et 9 % par an de 1990 à 2001) que le commerce mondial dans son ensemble (5). ![]() L'étude du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII) précitée montre que les transferts en Chine de larges segments des industries asiatiques ont entraîné une vaste réorganisation des productions et des échanges dans la région. Les pays asiatiques, qui ont délocalisé sur le continent les stades finals de fabrication dans de nombreuses industries, exportent désormais des produits intermédiaires vers la Chine, au lieu d'exporter des produits finis vers les États-Unis et l'Europe. Il en résulte de profonds changements dans le réseau des échanges internationaux : - Les exportations de la Chine vers l'Europe et les États-Unis se substituent à celles des autres pays asiatiques, une évolution qui est particulièrement spectaculaire pour les produits électriques et électroniques. Ce changement dans la hiérarchie des fournisseurs traduit l'effet de substitution entre la Chine et les pays industrialisés de la région mais montre aussi la concurrence entre la Chine et les pays de l'ASEAN dont les exportations ont continué à progresser malgré celles de la Chine pendant les années 90, mais semblent depuis pâtir de la progression chinoise. Une redistribution analogue des positions des différents exportateurs asiatiques s'observe sur le marché de l'Union européenne. IMPORTATIONS DE PRODUITS ÉLECTRIQUES PAR LES ÉTATS-UNIS en milliers de dollars ![]() Source : CEPII. IMPORTATIONS DE PRODUITS ÉLECTRONIQUES PAR LES ÉTATS-UNIS en milliers de dollars ![]() Source : CEPII. - La réorganisation des productions en Asie modifie la configuration des déséquilibres commerciaux bilatéraux entre les différents pays asiatiques et leurs grands partenaires. Ainsi la contribution de l'Asie au déficit commercial américain révèle que le Japon et les nouvelles économies industrielles ont été remplacés par la Chine comme principaux responsables du déficit commercial américain. - Enfin, la contrepartie des changements observés dans les échanges entre l'Asie et le reste du monde est l'élargissement de la place de la Chine dans les échanges intra-asiatiques. Entre 1990 et 2002, la contribution de la Chine aux échanges entre pays d'Asie de l'Est a doublé et elle atteint 20 % en 2002. Elle devient un moteur du processus d'intégration régionale. La division du travail qui s'intensifie entre la Chine et ses voisins crée une configuration d'échanges dans laquelle aux exportations directes des pays avancés d'Asie vers les pays occidentaux se substituent des échanges triangulaires, les pays avancés d'Asie exportant des produits intermédiaires vers leurs filiales en Chine, qui elles-mêmes exportent des produits finis vers les États-Unis et l'Europe. Ainsi, la structure géographique du solde commercial de la Chine est très polarisée entre d'une part un excédent vis-à-vis des pays occidentaux (+ 80 milliards de dollars avec les États-Unis et + 37 milliards de dollars avec l'Union européenne en 2004 selon les sources chinoises) et d'autre part un fort déficit avec l'ensemble de l'Asie de l'Est (- 74 milliards de dollars). c) Les Chinois investissent à leur tour dans le monde Tout en devenant une des premières destinations d'IDE dans le monde, la Chine est peu à peu devenue elle-même un investisseur à l'étranger. Le montant total des investissements directs de la Chine à l'étranger n'est rien à côté de ce qu'elle reçoit d'IDE, mais d'après le dernier rapport de l'OCDE sur les IDE dans le monde (6), il est certainement beaucoup plus élevé que le chiffre officiel de 1,8 milliard de dollars en 2004 (7). Dès le début des années 80, certaines entreprises chinoises se sont installées à Hong Kong pour investir à l'étranger. L'objectif principal de ces investissements était de développer le commerce extérieur. Les opérations industrielles étaient bien plus rares. Les IDE étaient principalement orientés vers la zone Asie Pacifique, et très peu vers l'Europe. Cependant, ce modèle est en train d'évoluer à mesure que les Chinois cherchent à gagner des parts de marché dans les pays développés, notamment à travers des opérations de fusions-acquisitions de plus en plus nombreuses. Le gouvernement chinois a affiché sa volonté politique de développer les IDE chinois à l'étranger à partir de 2000. Le premier argument avancé est la nécessité d'écouler la trop grande quantité de capitaux dont dispose le pays, et d'éviter ainsi le risque de surchauffe de l'économie. Le deuxième objectif est la sécurisation de l'approvisionnement en énergie de la Chine. L'exemple le plus récent de cette stratégie est l'offre publique d'achat lancée le 24 juin 2005 par CNOOC, le troisième groupe pétrolier public chinois, sur son homologue américain Unocal, pour un montant de 20 milliards de dollars. Si elle se réalise, ce sera la plus importante conquête lancée jusqu'à ce jour par un groupe chinois hors de ses frontières. Enfin, troisième objectif, ces investissements sont un moyen d'acquérir les technologies et les méthodes de management des pays développés. C'est ainsi que le groupe chinois Lenovo a racheté l'activité micro-ordinateurs d'IBM pour 1,25 milliard de dollars. Le groupe d'électronique chinois TCL a quant à lui racheté les téléphones mobiles d'Alcatel ainsi que les téléviseurs de Thomson. Dans l'électroménager, le chinois Haier a proposé le 21 juin 2005 de racheter son concurrent américain Maytag pour 2,2 milliards de dollars. De grands groupes chinois émergent sur la scène économique mondiale, encouragés par le gouvernement. Parmi eux : TCL (électronique), China Southern, Haier (électroménager), Huawei (télécommunications), Dongfeng motor, SAIC (automobile), Shanghai Baosteel (sidérurgie), Lenovo (informatique). Ainsi, la State-owned assets supervision and administration commission (SASAC), créée en 2003, a pour ambitieuse mission de parvenir à la constitution de 35 à 50 sociétés chinoises parmi les 500 premières mondiales en 2010. Cet objectif ne pourra être atteint qu'en réalisant des acquisitions à l'étranger. Aussi faut-il désormais s'attendre à voir les investisseurs chinois prendre une place croissante dans le capital des sociétés occidentales. Les Chinois sont devenus, après les Américains, les plus importants acheteurs en Allemagne en 2004, en acquérant 168 entreprises. En 2003, 112 entreprises ont déjà été vendues à des groupes chinois. Ces acquisitions couvrent tous les secteurs, notamment l'industrie aéronautique, l'électronique, les jouets, le textile et les machines-outils. Pour l'instant, elles concernent surtout les PME. En général, ces rachats visent à acquérir le savoir-faire de l'entreprise, et utiliser ses canaux de distribution pour l'exportation des produits chinois en Europe - la production elle-même étant presque toujours délocalisée en Chine. Pour l'instant, les deux tiers des investissements chinois sont réalisés dans la zone Asie Pacifique, et plus de 70 % à des pays développés ou nouvellement industrialisés, l'essentiel allant aux États-Unis, à Hong Kong, en Russie, au Canada et en Australie. Les investissements chinois en Asie du Sud-est représentent moins de 10 % des investissements chinois à l'étranger. Mais la régionalisation devrait entraîner une augmentation des investissements chinois en Asie du Sud-est. B.- DES FAIBLESSES QUI, SURMONTÉES, PEUVENT DEVENIR DES ATOUTS Si la Chine souffre d'un certain nombre de faiblesses, inhérentes à la transition vers une économie de marché après une longue période d'économie administrée et au type de développement économique choisi, celles-ci font l'objet d'une action volontariste des autorités chinoises. Les réformes à mener forment un ensemble interdépendant : l'assainissement des banques dépend du succès de la réforme des entreprises d'État, lui-même conditionné par la mise en place de mécanismes plus performants de protection sociale. En effet, la modernisation et la consolidation des entreprises publiques doivent pouvoir être accompagnées par une protection sociale moderne, basée sur les contributions des employeurs et employés, de même que la réforme des banques passe par l'apurement du stock de mauvaises créances sur les entreprises publiques, puis par l'assainissement de la relation créancier-débiteur. Les prochaines étapes seront marquées par l'accentuation du désengagement de l'État dans l'économie et par la confirmation du développement d'un secteur privé dynamique et créateur d'emplois. Menées à bien, les réformes engagées devraient permettre à la Chine de surmonter ses faiblesses. Dans cette perspective, la Chine recourt de manière sélective à l'appui des pays étrangers. Compte tenu du gisement d'opportunités que ce pays représente, la France doit participer activement à cette aventure. 1.- Une dépendance énergétique croissante Si la Chine a pu, jusqu'à présent, élaborer sa stratégie de croissance sans se soucier des difficultés d'approvisionnement ou du coût des matières premières et de l'énergie, elle a récemment pris conscience de l'ampleur des besoins suscités par le développement de son économie. La question de la sécurité énergétique est ainsi devenue aujourd'hui l'une des préoccupations majeures des dirigeants chinois, qui développent, depuis le début des années 2000, une stratégie visant à garantir les approvisionnements du pays. a) De l'autosuffisance à la dépendance Longtemps, la Chine a pu vivre en autarcie et même utiliser les marchés mondiaux pour écouler, de manière irrégulière, ses excédents éventuels. La Chine était ainsi traditionnellement excédentaire en matière énergétique : exportant du charbon, elle était autosuffisante en pétrole. Mais, le développement de la Chine s'accompagne d'une croissance rapide de ses besoins énergétiques, résultant de deux facteurs : un développement économique reposant sur des activités très consommatrices en énergie et l'élévation du niveau de vie moyen des Chinois qui a entraîné une augmentation constante de la demande intérieure. Aussi, à partir de 2002, les importations ont connu une croissance vertigineuse, au point que la demande chinoise a entraîné des tensions et une flambée des cours sur les marchés mondiaux de l'énergie, mais également des minerais et des métaux. À titre de comparaison, la consommation d'énergie par unité de PIB en Chine représente trois fois celle du Canada et cinq fois celle des États-Unis (8). La demande étant exponentielle, des pénuries et des problèmes d'approvisionnement en électricité, charbon et pétrole sont récemment apparus. Ainsi, malgré une croissance de la production d'électricité de 8 % par an depuis trois ans, la Chine a un déficit énergétique moyen de 30 millions de kW, ce qui entraîne des coupures d'électricité : 21 provinces sur 31 ont connu des ruptures occasionnelles d'électricité en 2003. Aussi, malgré ses capacités de production, la Chine commence à prendre conscience de sa dépendance vis-à-vis des ressources énergétiques mondiales. Le pays importe en effet 8 % du pétrole mondial, 30 % de l'acier et est le premier client pour quasiment toutes les matières premières. Le modèle énergétique chinois demeure fondé sur le charbon, qui assure les deux tiers de la consommation énergétique nationale. Le pays est ainsi le principal producteur et consommateur (avec 27 % de la production mondiale) de charbon au monde. Les autorités cherchent toutefois à réduire l'usage de cette ressource, très polluante. Si la production d'électricité est essentiellement assurée par les ressources charbonnières, elle résulte également des ressources hydrauliques, à hauteur de 25 %. Pour affronter une consommation exponentielle, les autorités chinoises ont multiplié les constructions de barrages. Ainsi, le barrage des Trois-Gorges sur le fleuve Yangzi Jiang devrait fournir en électricité l'équivalent de 18 centrales nucléaires. La fin des travaux est prévue pour 2009. Un autre programme verra le jour sur le Fleuve Jaune et repose sur la construction de 25 stations. Pour faire face à la demande croissante en matière d'énergie et développer des ressources alternatives au charbon, la Chine se lance également dans de vastes programmes de construction de centrales nucléaires. Représentant actuellement seulement 1,5 % de la production d'électricité, le nucléaire devrait atteindre 4 % d'ici 2020. Dans cette perspective, la Chine cherche à nouer des partenariats avec les pays les plus qualifiés, la France ayant une carte majeure à jouer en la matière. Les réserves de gaz de la Chine, estimées à 54 trillion cubic feet (TCF), lui permettent d'en produire plus qu'elle n'en consomme. En outre, une grande partie de ses réserves n'est pas encore exploitée. Aussi, bien que le gaz ne constitue pas une ressource essentielle, les autorités se sont lancées sur la voie du développement de ce secteur en multipliant les investissements dans les infrastructures. Si le gaz ne correspond qu'à 3 % du total de la consommation, ce taux devrait doubler d'ici 2010. Le pays demeure toutefois dépendant des importations de gaz liquéfié. Bénéficiant de contrats importants avec les pays producteurs de l'Asie Pacifique, le gouvernement s'intéresse également aux réserves du Turkménistan. En ce qui concerne le pétrole, la Chine, pourtant cinquième producteur mondial, enregistre une dépendance croissante, du fait de la forte augmentation de sa consommation. Ainsi, les besoins de la Chine s'élèvent à 5,56 millions de barils par jour et les experts prévoient un doublement d'ici à 2025. Importatrice nette depuis 1993, elle est devenue deuxième importateur mondial, derrière les États-Unis, en 2003. Ses importations de pétrole brut et de produits dérivés ont plus que doublé entre 2002 et 2004, le pays important désormais le tiers de sa consommation. Les activités industrielles et la demande intérieure ne cessant de croître, la production chinoise, qui couvre les deux tiers de la consommation, pourrait ne fournir que 20 % des besoins en 2020. Aussi, alors qu'aujourd'hui plus de la moitié du pétrole importé provient du Moyen-Orient, les dirigeants chinois s'efforcent-ils de diversifier leurs sources d'approvisionnement, mais également de prendre le contrôle d'un certain nombre de sociétés d'exploitation pétrolière. b) La sécurité énergétique, une priorité La volonté de garantir une certaine indépendance énergétique à la Chine constitue désormais une priorité. Moyen-Orient, Russie, Asie centrale, au Maghreb, Afrique, Amérique latine : toutes les régions productrices de pétrole sont concernées. Des accords ont notamment été signés avec l'Angola, le Congo, l'Algérie, le Nigeria et le Gabon. Le plus souvent, c'est une stratégie globale qui est menée : l'achat d'hydrocarbures s'accompagne d'une participation au développement des champs pétroliers et, parfois, aux opérations de raffinage, mais également d'une coopération renforcée dans d'autres secteurs (notamment le bâtiment et les travaux publics) et de l'octroi de facilités de financement. Ainsi, par exemple, au Gabon, la conclusion d'un contrat de fourniture de pétrole s'est accompagnée d'un contrat d'évaluation technique susceptible de déboucher sur un contrat d'exploration et de partage de production, de l'octroi d'un prêt sans intérêt de 7 millions d'euros, d'un accord de coopération économique et technique et d'une participation au financement de la construction du Sénat. Les autorités chinoises se sont aussi rapprochées de l'Iran, de l'Arabie Saoudite, de la Libye et du Soudan. La Chine mène également une politique volontariste d'acquisitions à l'étranger : fin 2003, les trois grandes sociétés PetroChina, Sinopec et China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) étaient présentes dans une soixantaine de projets (pétrole et gaz) à travers le monde. Témoignant de la volonté des dirigeants chinois d'assurer leur indépendance à tout prix, CNOOC vient de lancer une OPA hostile pour un montant de 18,5 milliards de dollars sur la septième compagnie pétrolière américaine Unocal, qui était sur le point de signer un accord avec le géant américain Chevron Texaco. Si elle réussissait, cette opération permettrait à CNOOC de doubler sa production de gaz et de pétrole et d'accroître ses réserves de près de 80 %. 2.- La poursuite de la réforme des entreprises d'État, condition essentielle de la modernisation de l'économie Les entreprises chinoises obéissent à des régimes juridiques de nature très différente, ce qui les place dans des conditions inégales face au marché. Trois types d'entreprises peuvent être distingués. Tout d'abord, les entreprises d'État fonctionnent sur le mode collectiviste et doivent prendre en charge la protection sociale de leurs salariés et de leurs familles. Ensuite, les entreprises collectives, généralement soutenues financièrement par les branches locales des banques publiques, ont un régime de propriété variable et ne supportent pas la charge de la protection sociale de leurs employés. Enfin, la troisième catégorie, hétérogène, regroupe les différentes entreprises privées, à savoir les entreprises étrangères, les joint-ventures et les entreprises individuelles de création récente. Compte tenu de la volonté de la Chine de s'insérer dans les échanges internationaux et de la nécessité de faire face à une concurrence accrue, la restructuration des entreprises d'État est apparue indispensable. La réforme de ces entreprises constitue ainsi, depuis le XVème Congrès du Parti Communiste chinois qui s'est tenu en septembre 1997, une priorité pour les autorités chinoises. Si le gouvernement a décidé de fermer la plupart de ces entreprises, il a néanmoins souhaité en conserver un certain nombre, leur donnant une structure de conglomérat ou de holding. Différents traitements ont été prévus selon la taille et la situation financière des entreprises : vente des petites entreprises à leurs employés, transformation des plus grandes en sociétés par actions, éventuellement cotées en bourse, l'État se réservant le droit de conserver une participation dans le capital. Selon les chiffres de la Commission d'État au Plan, entre 1997 et 2000, un tiers des 6.599 grandes et moyennes entreprises d'État recensées en 1997 avaient disparu ou bien renoué avec les bénéfices, ou encore été reprises. La réforme des entreprises d'État a été réaffirmée comme étant un des objectifs centraux de la politique du Gouvernement pour la période du Xème Plan quinquennal (2001-2005). Pourtant, elle a connu un certain ralentissement en 2001 et 2002, qui s'explique par plusieurs raisons, notamment le développement de réactions sociales fortes (comme les manifestations particulièrement importantes qui ont eu lieu dans le nord-est du pays au printemps 2002), les réticences des autorités locales qui doivent faire face à ces tensions sociales, le retard pris dans la mise en place d'un système de protection sociale et la préparation du renouvellement de l'équipe dirigeante chinoise. Toutefois, une relance du processus a été engagée en 2003, à la suite de l'installation d'une nouvelle équipe de dirigeants chinois. L'Assemblée nationale populaire a ainsi adopté le 10 mars 2003 une réforme des instances gouvernementales, qui crée notamment la Commission des Actifs d'État (SASAC), en charge de la valorisation et de la réforme des entreprises publiques et dont l'objectif est d'accélérer les ventes partielles ou totales à des investisseurs privés. En mars 2004, l'Assemblée nationale populaire a inscrit dans la Constitution le principe de la protection de la propriété privée, désormais « inviolable », tandis que la propriété publique demeure « sacrée ». Bien que les entreprises non rentables restent nombreuses, le bénéfice net global des entreprises d'État a connu une nette amélioration, puisqu'il est passé de 81 milliards RMB en 1997 à 265 milliards RMB en 2002. Le nombre d'entreprises rentables est par ailleurs passé de moins d'un tiers du total à la moitié. De grandes entreprises d'État ont même été cotées sur les principales places financières internationales comme Hong Kong (PetroChina, Banque de Chine, China Telecom...) ou New York (Sinopec, Huaneng Power...). Des efforts ont également été menés en termes de rationalisation des coûts, de gestion des surcapacités productives et d'amélioration du capital humain. Les autorités incitent désormais les entreprises à adopter de nouvelles formes juridiques (sociétés par actions) et à opérer des fusions. L'objectif est de constituer, d'ici à cinq ans, une cinquantaine de groupes industriels capables de réaliser de véritables économies d'échelle et d'obtenir une cotation sur les marchés financiers internationaux. Parallèlement, les autorités incitent les entreprises à se séparer de leurs actifs non essentiels et à faire entrer dans leur capital des investisseurs stratégiques. Des réglementations ont été mises en place pour accélérer la mise en vente des actifs d'État, en veillant à en améliorer la transparence et le mécanisme de fixation de prix afin d'éviter tout « bradage » du bien public. La réforme des entreprises d'État vient de connaître une nouvelle accélération, avec le lancement d'un programme de cession de titres que l'État détient dans des entreprises cotées. Ainsi, après avoir proposé en mai 2005, à titre expérimental, la cession de ses actions détenues dans quatre sociétés, le gouvernement chinois a annoncé, à la fin du mois de juin 2005, l'extension de ce programme à 42 sociétés, dont un certain nombre d'entreprises de premier plan, comme Baosteel, numéro un de la sidérurgie en Chine, ou China Yangtze Power en charge de l'exploitation du barrage hydroélectrique des Trois-Gorges. L'opération fait partie d'une réforme d'envergure du secteur financier qui pourrait, à terme, porter sur près des deux tiers des titres des sociétés cotées aujourd'hui détenus par l'État, ce qui représenterait plus de 160 milliards d'euros. Un certain nombre de précautions ont été prises, notamment afin d'éviter certaines malversations (comme les détournements de fonds opérés par les dirigeants de plusieurs sociétés cotées en 2003 et 2004) et une déstabilisation des places boursières chinoises. Ainsi, la revente des titres publics devrait intervenir progressivement et l'État devrait conserver une participation suffisante pour lui permettre de garder le contrôle de ces entreprises. b) Une réforme difficile à mettre en œuvre La réforme des entreprises d'État se heurte à un certain nombre de difficultés. Tout d'abord, cette réforme engendre un coût social important. En effet, la fermeture des entreprises d'État laisse sans emploi des ouvriers surnuméraires et non qualifiés, que les secteurs compétitifs ne peuvent absorber. Ne répondant pas aux règles de l'économie de marché et aux standards internationaux de productivité, les entreprises d'État ont ainsi dû se séparer d'un grand nombre d'employés. Plus de 30 millions de personnes auraient été licenciées depuis 1998, soit près de 40 % de la main d'œuvre industrielle totale, les autorités annonçant un taux de réembauche de 66 %. Si, officiellement, le taux de chômage urbain en Chine s'élève à 5 %, les experts, notamment la Banque mondiale, jugent cette donnée fortement sous-estimée et évaluent le taux de chômage urbain entre 10 % et 15 % de la population active urbaine. Aussi, les tensions sociales se font désormais plus vives en Chine, d'autant plus que les entreprises d'État, plus que de simples entités économiques, jouaient le rôle de véritables institutions sociales. Le « contrat social » institué par la République populaire de Chine dans les années 1950 reposait en effet sur le concept du « bol de riz de fer », c'est-à-dire que la faiblesse des salaires était compensée par la garantie d'un emploi à vie et la prise en charge, par les entreprises d'État, de la totalité de la protection sociale de leurs employés et de leurs familles ainsi que de l'éducation et du logement. Ensuite, une grande part des entreprises publiques continue à se caractériser par des résultats déficitaires et par une productivité très largement inférieure à celle des autres entreprises. En 2000, 40 % des entreprises publiques enregistraient un déficit récurrent et la production par tête dans le secteur public était trois fois inférieure à celle du secteur privé. Le lent déclin des entreprises d'État continue à générer à la fois un chômage urbain en augmentation constante et une dette financière massive pour le système bancaire national. Le surendettement de ces entreprises, qui absorbent encore aujourd'hui plus de 70 % des crédits accordés par les banques chinoises, constitue ainsi un risque majeur pour le système bancaire chinois. Pour les banques chinoises, dont le niveau des mauvais prêts en proportion des actifs bancaires est considérable - officiellement 20 % pour les principales, mais prè | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||