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N° 2354

--

ASSEMBLÉE NATIONALE

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

DOUZIÈME LÉGISLATURE

Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 7 juin 2005.

RAPPORT D'INFORMATION

DÉPOSÉ

en application de l'article 145 du Règlement

PAR LA COMMISSION DES FINANCES, DE L'ÉCONOMIE GÉNÉRALE ET DU PLAN
sur les premiers éléments disponibles concernant
l'exécution du budget en 2004,

ET PRÉSENTÉ

PAR M. Gilles CARREZ,

Rapporteur général,

Député.

--

POINTS SAILLANTS DE L'EXÉCUTION BUDGÉTAIRE EN 2004 5

INTRODUCTION 9

I.- LES RECETTES : LES VERTUS DE LA PRUDENCE 15

A.- UNE EMBELLIE CONJONCTURELLE 15

1.- Une plus-value spontanée de recettes de plus de 18 milliards d'euros 16

2.- L'évolution des prévisions de ressources 21

B.- UNE POLITIQUE PÉRENNE ET SOUTENABLE D'ALLÉGEMENTS FISCAUX 24

II.- UN PLAFOND DE DÉPENSES À NOUVEAU RESPECTÉ 31

A.- LES CONDITIONS GÉNÉRALES DE L'EXÉCUTION BUDGÉTAIRE 31

1.- Une majoration limitée des autorisations budgétaires 31

2.- L'évolution de la dépense entre 2003 et 2004 39

B.- LES GRANDES CATÉGORIES DE DÉPENSES 40

1.- Les dépenses ordinaires civiles 40

2.- Les dépenses civiles en capital 48

3.- Les dépenses militaires 50

III.- UN DÉFICIT DIMINUÉ DE PRÈS D'UN QUART 55

A.- LE PILOTAGE DU SOLDE BUDGÉTAIRE 55

1.- Un pilotage régulier de la période complémentaire 55

2.- La poursuite de la diminution des soldes d'imputation provisoire 60

B.- UNE ÉTAPE IMPORTANTE DANS LE RÉTABLISSEMENT DES FINANCES DE L'ÉTAT 62

1.- L'affectation intégrale des surplus fiscaux à l'assainissement budgétaire 62

2.- Les deux tiers des marges de manœuvre budgétaires ont été consacrés à réduire le déficit de l'État 68

EXAMEN EN COMMISSION 71

POINTS SAILLANTS DE L'EXÉCUTION BUDGÉTAIRE EN 2004

Les résultats de l'exercice 2004 confirment la pertinence de la stratégie budgétaire retenue depuis 2003.

La maîtrise résolue des charges publiques assise sur le strict respect du gel en volume des dépenses de l'État et l'affectation prioritaire des marges de manœuvre à la réduction du déficit ont porté leurs fruits : presque un quart du chemin qui nous conduit à l'équilibre budgétaire a d'ores et déjà été parcouru.

Deux chiffres étayent ce constat :

- le déficit du budget général de l'Etat, en baisse de 20%, c'est-à-dire la plus importante réduction depuis plus de 30 ans (en 1999, malgré une croissance exceptionnelle, il n'avait diminué que de 15%), est désormais inférieur de 5 milliards d'euros au niveau atteint en 2002 ;

- en 2004, près des deux tiers (62%) des marges de manœuvre budgétaire apportées par la croissance ont été consacrées à diminuer le déficit (tandis qu'entre 1998 et 2001, seuls 14% des 70 milliards d'euros de plus-values conjoncturelles y ont été affectés).

Pour être très clairement convalescentes, nos finances publiques ne sont pas pour autant rétablies.

Les bonnes performances de 2004 restent fragiles : elles s'appuient à bien des égards sur un rattrapage au terme de deux années difficiles.

Rattrapage de la croissance de l'économie, dont le premier semestre 2005 montre qu'elle reste sensible aux vents contraires liés aux déséquilibres mondiaux et à des blocages encore trop nombreux dans notre tissu productif national.

Rattrapage du point de vue plus particulier des ressources de l'État : on ne peut considérer les plus-values apportées par la reprise en 2004 (20,7 milliards d'euros) sans garder à l'esprit ce que le ralentissement avait enlevé en 2003 (une baisse spontanée de ressources par rapport à 2002 de 1,9 milliard d'euros).

Cette extraordinaire volatilité des recettes de l'État invite à la prudence tout autant qu'à l'optimisme : il reste vrai que trois ou quatre années de croissance soutenue rendent possible, par la stabilisation en volume des charges et la modération des allégements fiscaux, le retour à l'équilibre. Cependant, le moindre relâchement peut, dans un contexte défavorable, se payer comptant : parce que la précédente majorité n'avait pas su tirer parti, ni à la mesure du possible, ni à celle du nécessaire, de l'exceptionnel cycle économique des années 1998-2001, le déficit de l'État a subi de plein fouet le ralentissement économique qui l'a suivi en doublant en deux ans jusqu'à atteindre près de 60 milliards d'euros.

En 2005, nous continuerons à récolter les fruits d'une politique budgétaire responsable.

Du côté des recettes, les « bonnes surprises » de l'année 2004, dont l'ampleur a été prudemment estimée, conformément au principe de précaution, lors de la construction et du vote de la loi de finances initiale pour 2005, renforcent la crédibilité des prévisions retenues alors pour 2005. Il apparaît que le niveau des ressources, en particulier fiscales, anticipé lors des débats budgétaires pourra être tenu même en cas de ralentissement de la croissance jusqu'à 1,7%.

Du côté des dépenses, le plafond fixé par le Parlement, désormais entré dans les mœurs d'une administration semble-t-il mieux accoutumée à l'indispensable régulation budgétaire, devrait lui aussi être tenu. Il est évident que le ressaut des reports de l'exercice 2004 à l'exercice 2005, ainsi que l'inquiétant volume des dépenses nouvelles non prévues en loi de finances initiale qui semble dépasser les 1,5 milliard d'euros, invitent à une vigilance accrue. Mais rien n'indique à ce jour que ce pilier de notre politique d'assainissement soit mis en cause.

Reste que la dette publique, pour revenir de 10% de croissance en 2002 et 2003 à 7% en 2004, n'en continue pas moins de progresser : elle atteint désormais 1.067 milliards d'euros. Son service préempte environ 15% des recettes fiscales annuelles, stérilisant près de 40 milliards d'euros de ressources chaque année. Elle est sans cesse entretenue par un déficit de l'État qui, à 44 milliards d'euros en 2004, signifie concrètement que l'État reste incapable de couvrir ses dépenses récurrentes, même hors paiement des intérêts, par des ressources équivalentes. Elle constitue une hypothèque sans cesse grandissante sur les générations futures, pesant 17.000 euros par Français et 38.900 euros par actif.

Dans ce contexte, il faut maintenir la stratégie du redressement de nos finances publiques qui a porté ses fruits en 2004. Les deux principes cardinaux du gel de la dépense et de l'affectation prioritaire des surplus de recettes au « moindre endettement », en attendant la perspective du « désendettement », doivent donc inspirer les choix budgétaires pour 2006.

S'agissant du gel de la dépense, rien ne devra remettre en cause la pérennité de ce qui constitue désormais notre « règle d'or ».

S'agissant des recettes, le ralentissement conjoncturel invite à la plus extrême prudence. Prudence dans les prévisions de ressources, qui doivent s'inspirer du principe de précaution dont les résultats ont été si manifestes en 2004. Prudence aussi dans les baisses d'impôts. Comme il a été vu, la majorité a d'ores et déjà su mettre en œuvre un programme d'allégements des prélèvements de l'État de 13,4 milliards d'euros, portés à 18,5 milliards d'euros en intégrant les allégements de charges sociales. La dispersion des textes, des moyens et des débats a à cet égard pu creuser un écart croissant entre le niveau réel de ces allégements, très conséquent, et sa perception par l'opinion, concentrée sur la réduction de l'impôt sur le revenu qui n'en a représenté qu'un peu moins de 40%. Des progrès importants ont été accomplis pour corriger des dysfonctionnements manifestes de notre système fiscal.

En 2006, les baisses d'impôt déjà votées se traduiront par un allégement supplémentaire de 2,7 milliards d'euros. Avant d'aller plus loin, il convient sans doute de garantir que le budget de 2006 contribue à son tour à l'allégement du fardeau de la dette.

*

* *

Mesdames, Messieurs,

Comme il est désormais traditionnel, votre Rapporteur général s'est rendu à l'Agence comptable centrale du Trésor (ACCT) et à la Direction générale de la comptabilité publique (DGCP) afin de recueillir les premiers chiffres de l'exécution du budget de l'année écoulée et, par la même occasion, de s'assurer de la régularité et de la sincérité des opérations réalisées en fin d'exercice et au cours de la période complémentaire. De ce point de vue, aucune opération de report ou d'anticipation de recettes ou de dépenses nécessitant une demande expresse du ministre - c'est-à-dire étrangère au cadre que les textes et les impératifs de permanence des méthodes imposent aux comptables - n'a été réalisée par l'ACCT.

Dès lors, les principaux enseignements du contrôle tiennent aux conditions de l'exécution du budget 2004. Le tableau suivant invite à constater que le plafond de dépenses du budget général voté par le Parlement a été respecté.

Des crédits prévus aux dépenses réalisées (en millions d'euros)

Crédits approuvés par le Parlement

A.- Crédits LFI 283.690

B.- Modifications prises en compte dans le collectif :

- annulations - 3.681

- ouvertures + 5.445

- variation nette + 1.764

dont :

Défense + 866

Santé, Famille, Personnes handicapées, Solidarité + 572

Urbanisme et logement + 371

C.- Prévisions des lois de finances (A + B) 285.454

Modifications réglementaires des crédits

D.- Fonds de concours + 4.731

dont :

Intérieur, sécurité intérieure et libertés locales + 1.234

Transports et sécurité routière + 925

Travail + 922

E.- Reports venant de 2003 + 9.003

dont :

Défense + 1.682

Intérieur, sécurité intérieure et libertés locales + 1.413

Travail + 1.132

F.- Autres modifications n.s.

G.- Crédits ouverts (C + D + E + F) 299.188

Exécution budgétaire

H.- Dépenses totales 288.457

I.- A déduire : dépenses financées par fonds de concours - 4.731

J.- Dépenses de l'État (H - I) 283.725

Le volume des crédits à reporter vers 2005 et des crédits à annuler en loi de règlement dépend de la répartition par chapitre des crédits disponibles et des insuffisances de crédits (normalement, uniquement sur chapitres évaluatifs).

Un deuxième tableau permet en outre de constater que la norme de progression de la dépense « zéro volume » a, une de fois de plus, été tenue :

Des dépenses 2003 aux dépenses 2004 (en millions d'euros)

Exercice 2003 (budget général)

A.- Dépenses civiles nettes 250.644

Dépenses ordinaires nettes 233.645

Dépenses en capital 16.999

B.- Dépenses militaires 30.176

Dépenses ordinaires 18.357

Dépenses en capital 11.819

C.- Recettes d'ordre  2.546

D.- Fonds de concours 4.465

E.- Dépenses nettes 2003 (A + B - C - D) 273.810

Exercice 2004 (budget général)

F.- Dépenses civiles nettes 259.622

Dépenses ordinaires nettes 240.824

Dépenses en capital 18.798

G.- Dépenses militaires 31.328

Dépenses ordinaires 18.949

Dépenses en capital 12.379

H.- Recettes d'ordre  2.493

I.- Fonds de concours 4.731

J.- Dépenses nettes 2004 (F + G - H - I) 283.725

Évolution des dépenses

K.- Changements de périmètre 2003/2004  6.240

L.- Progression 2003/2004 (J - E - K)  + 3.675

soit + 1,3% en valeur

soit - 0,5% en volume

Dans ce contexte, les plus-values de recettes apportées par la reprise économique ont permis de nourrir une réduction très importante du déficit de l'État.

Des prévisions de recettes aux résultats d'exécution (en millions d'euros)

LFI (budget général)

A.- Recettes fiscales nettes 256.487

Recettes fiscales brutes 320.701

Remboursements et dégrèvements 64.214

B.- Recettes non fiscales 35.771

Recettes d'ordre 2.404

Hors recettes d'ordre 33.364

C.- Prélèvements sur recettes 61.559

D.- Ressources nettes du budget général (A + B - C) 228.296

Exercice 2004 (budget général)

A.- Recettes fiscales nettes 265.653

Recettes fiscales brutes 330.125

Remboursements et dégrèvements 64.472

B.- Recettes non fiscales 36.241

Recettes d'ordre 2.493

Hors recettes d'ordre 33.748

C.- Prélèvements sur recettes 61.176

D.- Ressources nettes du budget général (A + B - C) 238.225

Principales plus-values

- Fiscales  9.166

impôt sur les sociétés net 4.347

TVA nette 2.479

IR 1.403

- Recettes non fiscales 470

Progression des recettes nettes de la LFI à l'exécution  + 9.929

soit + 4,4 % en valeur

L'évolution du déficit

Le déficit de l'État en 2003 (en millions d'euros)

A.- Solde du budget général - 56.751

Charges nettes 273.812

Ressources nettes 217.061

B.- Soldes des comptes spéciaux du Trésor - 235

C.- Solde du budget de l'État (A + B) - 56.987

Evolution du déficit de l'État entre 2003 et 2004 (en millions d'euros)

D.- Ressources nettes + 21.164

E.- Charges nettes + 9.913

F.- Evolution du solde du budget général + 11.251 (+ 19,8%)

G.- Solde du budget général en 2004 (A + F) - 45.501

H.- Solde des comptes spéciaux du Trésor en 2004 1.539

I.- Solde du budget de l'Etat en 2004 - 43.962

Répartition des marges de manœuvre entre 2003 et 2004 (en milliards d'euros)

- Marges de manœuvre (à périmètre constant)  20,7

surplus spontané de recettes fiscales nettes 16,0

progression des recettes non fiscales 2,7

incidence des mesures antérieures à 2002 2,0

- Répartition des marges de manoeuvres (100%)

baisses d'impôts 1,5 (7%)

progression des charges 6,5 (31%)

réduction du déficit 12,7 (62%)

I.- LES RECETTES : LES VERTUS DE LA PRUDENCE

A.- UNE EMBELLIE CONJONCTURELLE

La reprise économique a rendu au budget de l'État des marges de manœuvre qui lui ont fait défaut depuis 2002. L'accélération de l'activité et la position en amont du cycle économique ont conjugué leurs effets pour imprimer aux ressources de l'État un rythme de croissance largement supérieur à celui de l'économie dans son ensemble.

LES RESSOURCES DE L'ÉTAT ENTRE 2003 ET 2004

(en millions d'euros)

 

2003

exécution 2004 à périmètre 2003

exécution 2004 à périmètre courant

2004/2003 à périmètre constant

en valeur

en pourcentage

Recettes fiscales brutes

305.951

319.100

330.125

13.149

4,30

dont . Impôt sur le revenu

53.754

54.335

53.885

580

1,08

. Impôt sur les sociétés

44.087

46.245

46.245

2.158

4,90

. (impôt sur les sociétés net)

35.053

38.928

38.928

3.875

11,05

. TIPP

24.303

25.052

20.025

749

3,08

. TVA

142.132

149.650

155.641

7.518

5,29

. (TVA nette)

109.014

116.318

120.964

7.304

6,70

Remboursements et dégrèvements

- 66.134

- 62.727

- 64.472

3.407

- 5,15

dont . TVA

- 33.118

- 33.333

- 34.678

- 215

0,65

. IS

- 9.034

- 7.318

- 7.318

1.717

- 19,00

Recettes fiscales nettes

239.817

256.373

265.653

16.556

6,90

Ressources non fiscales

32.706

35.057

36.241

2.350

7,19

dont . recettes d'ordre

2.546

2.493

2.493

- 52

- 2,06

. Autres

30.161

32.564

33.748

2.403

7,97

Prélèvements sur recettes

- 52.918

- 52.949

- 61.176

- 31

0,06

dont . Collectivités locales

- 36.575

- 37.438

- 45.666

- 863

2,36

. Communautés européennes

- 16.342

- 15.510

- 15.510

832

- 5,09

Ressources nettes du budget général (hors recettes d'ordre)

217.061

235.988

238.225

18.927

8,72

Ressources des comptes spéciaux du Trésor

 

 

 

 

 

. opérations définitives

6.150

9.253

9.253

3.103

50,46

. opérations temporaires (pm) (a)

67.516

67.687

67.687

171

0,25

Ressources définitives nettes

223.211

245.241

247.478

22.030

9,87

(a) Hors FMI/hors FSC/hors compte n° 903-58 non évalué en loi de finances initiale.

ÉVOLUTION DES RECETTES FISCALES

(en milliards d'euros)

 

2002

2003

exécution 2004

2004 à périmètre constant

écart

dont progression spontanée

variation

totale

spontanée

IR et PPE (a)

46,3

49,6

49,9

50,4

0,8

2,3

1,6%

4,7%

Impôt sur les sociétés net

37,5

35,1

38,9

38,9

3,9

3,2

11,1%

9,0%

TIPP

24,0

24,3

20,0

25,1

0,7

-0,1

3,1%

-0,3%

TVA nette

107,5

109,0

121,0

116,3

7,3

6,9

6,7%

6,4%

Autres impôts nets

24,9

21,9

35,8

25,7

3,8

3,7

17,4%

16,8%

Recettes fiscales nettes

240,2

239,8

265,7

256,4

16,6

16,0

6,9%

6,7%

(a) indexation des tranches du barème traitée en variation spontanée et non en mesure nouvelle.

1.- Une plus-value spontanée de recettes de plus de 18 milliards d'euros

Les recettes fiscales nettes des remboursements et dégrèvements ont augmenté, avant mesures nouvelles, de 6,7%, apportant au budget général de l'État 16,0 milliards d'euros de ressources supplémentaires par rapport à 2003.

Leur rythme de progression a été supérieur de 50% à celui de la richesse nationale. Cette forte accélération de l'élasticité des recettes fiscales (qui atteint 1,5) est un phénomène traditionnel en période de reprise économique : on la retrouve en 1987 (élasticité de 1,6), en 1997 (1,4) ou en 1999 (2,1). Conformément au profil de la croissance économique, le dynamisme des recouvrements résulte essentiellement de la croissance soutenue des assiettes de la TVA et de l'impôt sur les sociétés, amplifiée par leurs modes de recouvrement.

Ainsi la TVA nette a-t-elle progressé spontanément de 6,9 milliards d'euros entre 2003 et 2004, une consommation des ménages robuste étant efficacement relayée par une moindre propension des entreprises à soumettre rapidement leur demande de remboursements compte tenu de l'amélioration de leur trésorerie. Dans ce contexte, les recouvrements bruts de TVA ont augmenté de 5,3% (pour une consommation des ménages progressant de 4, 1 % en valeur), tandis que les restitutions restaient stables (+ 0,7%).

De même, le produit spontané de l'impôt sur les sociétés net a bondi de 3,2 milliards d'euros (+ 9,0%), le redressement des bénéfices fiscaux dès 2003 de plus de 3 points permettant d'endiguer la très forte décrue de l'impôt constatée depuis 2002 (- 5,7 milliards d'euros, soit - 13,9% en 2 ans).

Pour être moins forte, la progression tendancielle (1) de l'impôt sur le revenu net des dégrèvements, remboursements et restitutions qui s'y rapportent, dont en particulier la prime pour l'emploi (2) n'en est pas moins restée robuste, sa croissance a atteint 2,6 milliards d'euros (3) (+ 4,7%) en neutralisant les recouvrements exceptionnels (450 millions d'euros) en 2003 liés au décalage d'un mois des émissions en 2002, consécutif à la baisse de 5% décidée en juillet 2002. La très nette décélération constatée par rapport à 2003 (le rythme de progression, assis sur des revenus imposables en 2002 encore dynamiques, avait atteint 8,8%) reflète néanmoins l'atonie économique de 2003, avec en particulier un tassement du pouvoir d'achat du revenu disponible brut des ménages (+ 0,3%) après deux années de ralentissement (+ 3,2% en 2001 puis + 2,3% en 2002).

Les autres impôts nets ont suivi ce dynamisme d'ensemble, progressant spontanément de 3,7 milliards d'euros (+ 16,8%). Il convient cependant d'observer que ce ressaut doit s'analyser essentiellement comme un « rattrapage » après deux années moroses durant lesquelles ces ressources ont diminué globalement de 3,2% (2002), puis de 8,0% (2003). Cette reprise concerne l'ensemble des lignes fiscales :

- Les impôts assis sur le patrimoine ont bénéficié du retour de la croissance dans les mêmes proportions que celles dont ils avaient pâti durant son ralentissement. L'impôt de solidarité sur la fortune en particulier qui avait subi de plein fouet la morosité des valeurs mobilières en 2003 (produit en baisse de 5,1%), après une période de très forte croissance (+ 24,9% en 2000) qui avait fait entrer dans son champ un nombre croissant de contribuables, a pleinement profité du redressement des cours boursiers et de l'inflation des actifs immobiliers. Son produit a ainsi progressé de 0,3 milliard d'euros (+ 13,3%) pour atteindre 2,7 milliards d'euros, en hausse de 13,5% par rapport à 2003. Il faut souligner à cet égard qu'a principalement joué la hausse des actifs immobiliers, estimée à 8% en moyenne en 2003, qui a induit une augmentation de 12% du nombre des redevables de l'impôt.

- La montée en puissance de la cotisation minimale de taxe professionnelle, qui est acquittée par les entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse 7,6 millions d'euros et dont la cotisation de taxe professionnelle est inférieure à 1,5% de leur valeur ajoutée, et qui a par conséquent fortement progressé en raison de la suppression de la « part salaires » de la taxe professionnelle, est arrivée à son terme en 2004 (+ 0,3 milliard d'euros, soit
+ 15,9%).

- Les droits de mutation ont fait preuve d'un exceptionnel dynamisme
(+ 1,4 milliard d'euros, soit + 18,1%). L'accroissement de la mortalité en 2003 imputable aux phénomènes climatiques de l'été explique l'essentiel de ce mouvement, bien que l'effet d'appel de la réduction temporaire de 50% des droits de donation en pleine propriété ait sans doute joué un rôle important.

Seule la TIPP a été assez peu dynamique, sans qu'il soit encore possible à ce stade des analyses de faire la part de l'impact du « choc pétrolier » auquel notre économie est soumise et des changements de comportement des automobilistes (diésélisation du parc et amélioration de la sécurité routière par un respect accru des limitations de vitesse). En dehors de toute mesure nouvelle, les recouvrements de TIPP ont en effet fléchi de 0,1 milliard d'euros (- 0,3%) en 2004, après une diminution spontanée de 2,1% en 2003 et une croissance modérée de 1,6% en 2002.

· Les ressources non fiscales se sont pour leur part inscrites, à périmètre constant, en hausse de 2,7 milliards d'euros (+ 8,2%) par rapport à 2003. Là encore, c'est un phénomène de rattrapage qui a été à l'œuvre, puisqu'elles retrouvent, toujours à périmètre constant, le niveau atteint en 2002.

ÉVOLUTION DES RECETTES NON FISCALES ENTRE 2003 ET 2004

(en millions d'euros)

 

évolution

2003

exécution 2004

TOTAL GENERAL

3.535

32.706

36.241

ÉVOLUTIONS LIÉES À DES FACTEURS TENDANCIELS

TOTAL facteurs tendanciels

1.727

24.814

26.541

dont

 

 

Produit des entreprises et établissements publics (lignes 110, 111 et 116)

1.276

1.284

2.560

Produit des jeux (lignes 114, 314 et 315)

254

2.695

2.949

Retenues et cotisations sociales au profit de l'Etat (lignes 501 à 599 et ligne 818)

407

9.768

10.175

Produit des amendes (ligne 312 et 313)

208

1.074

1.283

Intérêts des prêts du Trésor et autres remboursements d'avance en capital

- 768

1.186

417

Recettes d'ordre (ligne 806)

- 45

2.522

2.477

Produits du domaine de l'Etat (hors cessions immobilière

- 24

467

443

Frais d'assiette et de recouvrement des impôts (collectivités territoriales, Communautés européennes et redevance)

178

3.500

3.678

Divers (remboursements des avances aéronautiques et redevance sur débits de tabac de la ligne 899)

1

396

397

Taxes et recettes diverses

240

1.923

2.163

(en millions d'euros)

 

évolution

2003

exécution 2004

ÉVOLUTIONS LIÉES À DES FACTEURS NON TENDANCIELS

TOTAL facteurs non tendanciels

1.808

7.892

9.700

Modulation de certains prélèvements

Prélèvement sur les fonds d'épargne gérés par la CDC (ligne 813, 814 et 815)

64

1.550

1.614

Prélèvement sur la COFACE (ligne 812)

310

690

1.000

Versements de la CADES

0

3.000

3.000

Prélèvement sur NATEXIS (ligne 807)

258

262

520

Recettes exceptionnelles

Recettes diverses (ligne 899) hors avances aéronautiques et redevance tabac

1.765

453

2.218

dont versement exceptionnel d'EDF

1.224

0

1.224

dont versement du fonds de roulement du FOREC

4

4

dont prélèvement SOFARIS

560

0

560

Recettes accidentelles (ligne 805)

- 360

1.045

685

Cession d'éléments du patrimoine immobilier de l'Etat

134

0

134

- Ce dynamisme a concerné l'ensemble des recettes non fiscales dont l'évolution est liée à des facteurs « tendanciels ».

C'est le cas en particulier pour les dividendes des entreprises publiques qui, à 2,6 milliards d'euros (+ 1,3 milliard d'euros), retrouvent un niveau plus conforme à leur profil de long terme, profitant en particulier du versement par la Caisse des dépôts et consignations d'un dividende exceptionnel de 932 millions d'euros au titre de la cession d'Eulia-CDC Ixis aux Caisses d'épargne et d'une contribution représentative de l'impôt sur les sociétés acquittée par la même CDC en net redressement (318 millions d'euros contre 50 millions d'euros l'année dernière).

PRODUITS DES PARTICIPATIONS DE L'ETAT

DANS DES ENTREPRISES FINANCIÈRES (ligne 110)

(en millions d'euros)

 

2001

2002

2003

2004

LFI

exécution

I.- Banque de France

450,00

450,80

0,00

0,00

0,00

II.- Caisse des dépôts et consignations

642,02

907,55

264,13

1332,00

931,85

III.- Banques :

 

 

 

 

 

. B.N.P.

-

-

-

-

-

. Crédit Lyonnais

25,90

29,88

0,00

-

-

. Banque Hervet (Cie financière)

-

0,06

0,15

-

0,13

. Sofaris

-

-

0,00

-

-

. Crédit Industriel et Commercial

-

-

-

-

-

. Crédit Local de France

-

-

-

-

-

. Non ventilés

-

-

0,66

-

1,07

Total Banques

25,90

29,94

0,82

-

 1,20

IV.- Assurances :

 

 

 

 

 

. A.G.F.

-

-

-

-

-

. G.A.N.

-

-

-

-

-

. U.A.P.

-

-

-

-

-

. Caisse centrale de réassurance

22,00

29,00

25,00

24,00

15,00

. Caisse nationale de prévoyance

1,82

2,25

2,41

2,40

 0,0

Total Assurances

23,80

31,25

27,41

26,40

 15,0

V.- Autres

-

-

-

2,00

 -

Total Ligne 110

1.141,70

1.419,58

292,36

1.360,40

948,05

PRODUITS DES PARTICIPATIONS DE L'ETAT

DANS DES ENTREPRISES NON FINANCIÈRES (ligne 116)

(en millions d'euros)

 

2001

2002

2003

LFI 2004

exécution 2004

EDF

217,85

315,35

208,25

324,00

321,31

Erap

91,47

-

-

-

-

Française des jeux

33,54

57,02

23,62

59,00

39,46

France Télécom

640,66

-

-

134,00

167,95

GDF

93,76

311,59

456,00

264,00

318,33

Renault

96,99

69,92

84,90

49,00

62,42

Sogepa (aérospatiale, EADS)

47,90

54,48

24,41

25,00

32,99

Défense Conseil International

1,90

2,51

3,50

3,50

5,01

Dassault

10,16

5,82

5,88

-

0,00

SEITA / Altadis

-

-

-

-

-

Total C.F.P.

-

-

-

-

-

Usinor Sacilor / Arcelor

0,07

0,05

0,04

-

0,04

Snecma

93,41

94,53

31,51

31,50

55,14

Sociétés autoroutières

151,00

80,55

65,49

170,00

137,35

Framatome/AREVA

20,99

11,4

11,40

11,40

-

Air France

27,05

11,95

7,12

7,00

5,94

Autres

16,29

13,03

14,96

14,20

41,43

Total ligne 116

1.543,04

1.028,23

937,09

1.092,60

1.187,38

De même, après le rattrapage constaté en 2003 au terme d'une année 2002 marquée par la traditionnelle amnistie (+ 55,0%), le produit des amendes est resté extrêmement dynamique (+ 0,2 milliard d'euros, + 19,4%) pour atteindre 1,3 milliard d'euros tandis que le produit des jeux (+ 0,3 milliard d'euros, + 9,4%) retrouve un rythme de croissance comparable à celui constaté entre 1999 et 2002 (+ 11,6% par an en moyenne) après un léger ralentissement en 2003 (+ 2,5%).

Les recettes non fiscales moins soumises à des facteurs tendanciels ont progressé dans les mêmes proportions.

Les prélèvements sur la COFACE et sur NATEXIS ont augmenté de 0,6 milliard d'euros, en parallèle avec le renforcement de l'excédent de trésorerie des comptes de l'État auprès des deux organismes. A cet égard, le niveau du prélèvement sur NATEXIS (520 millions d'euros) est exceptionnel dans la mesure où il intègre un bénéfice dégagé en 2004 par des opérations de couverture de taux mises en place au début de l'année 2003.

Deux versements exceptionnels ont significativement majoré les encaissements de recettes diverses (ligne 899 des recettes non fiscales) :

- le versement du produit de l'amende due par EDF suite à la décision de la Cour de justice des Communautés européennes du 16 décembre 2003 pour 1,2 milliard d'euros (4) ;

- le reversement d'un trop-perçu de subventions par la Société française de garantie des financements des PME (Sofaris) pour 0,6 milliard d'euros (5).

2.- L'évolution des prévisions de ressources

Les premiers résultats de l'exécution permettent d'apprécier la qualité des prévisions les plus récentes, c'est-à-dire celles de la loi de finances rectificative d'hiver, et de s'assurer par ce biais de la fiabilité des estimations soumises au Parlement lors du plus récent débat budgétaire. En outre, cet exercice offre l'opportunité de porter un premier jugement sur les prévisions pour 2005, assises sur les recettes anticipées pour 2004 à l'automne dernier.

Comme le montre le tableau ci-après, l'exécution révèle une plus-value de recettes nettes du budget général de l'État de 3,5 milliards d'euros (+ 1,5%) par rapport au collectif d'hiver (dont les évaluations étaient très proches des estimations révisées associées au projet de loi de finances pour 2005), portant l'excédent de ressources par rapport aux prévisions initiales à 9,9 milliards d'euros (+ 4,4%).

Il convient de remarquer que cette plus-value par rapport aux prévisions de l'automne 2004 conforte les estimations de recettes de la loi de finances initiale pour 2005 : compte-tenu de ce « rebasage » de 3,5 milliards d'euros, il apparaît que le niveau de ressources fiscales nettes anticipé dans le budget 2005 à 272,0 milliards d'euros (à périmètre constant) serait tenu même en cas de ralentissement de la croissance jusqu'à 1,7% (dans la mesure où l'élasticité des recettes fiscales nettes à l'évolution du PIB s'établirait à 1,5, ce qui reste probable en raison de l'assise de 40% des ressources sur les résultats économiques favorables constatés en 2004).

DE LA LOI DE FINANCES INITIALE AUX RÉSULTATS D'EXÉCUTION

(en millions d'euros)

 

LFI 2004

LFR 2004

exécution 2004

exécution/LFR

exécution/LFI

en valeur

en pourcentage

en valeur

en pourcentage

Recettes fiscales brutes

320.701

328.056

330.125

2.069

0,63

9.424

2,94

dont :

. Impôt sur le revenu

52.482

53.457

53.885

428

0,80

1.403

2,67

. Impôt sur les sociétés

43.681

44.830

46.245

1.415

3,16

2.564

5,87

. (impôt sur les sociétés net)

34.581

37.230

38.928

1.698

4,56

4.347

12,57

. TIPP

20.883

20.202

20.025

- 177

- 0,87

- 858

- 4,11

. TVA

152.230

156.030

155.641

- 389

- 0,25

3.411

2,24

. (TVA nette)

118.485

120.530

120.964

434

0,36

2.479

2,09

Remboursements et dégrèvements

- 64.214

- 66.610

- 64.472

2.138

- 3,21

- 258

0,40

dont :

. TVA

- 33.745

- 35.500

- 34.678

822

- 2,32

- 933

2,76

. IS

- 9.100

- 7.600

- 7.318

282

- 3,72

1.782

- 19,59

Recettes fiscales nettes

256.487

261.446

265.653

4.207

1,61